Le Festival du Film Français de Bienne 2019 est clos : parlons-en !

L’Orient a cessé de nous faire rêver  : place au cauchemar en particulier pour les femmes

Cette année à Bienne , il fallait reprendre sa respiration , ravaler ses sanglots ou retenir un cri avant d’entrer dans la salle suivante ; je me suis du coup félicitée d’avoir démarré le marathon par deux comédies bien agréables et sans risque émotionnel , Venise n’est pas en Italie  , fantaisie un brin romanesque de Ivan Calbérac et Mon BB de Lisa Azuelos , comédie légère pour mère et fille , choisis respectivement par affection pour Benoit Poelvoorde et Sandrine Kiberlain .

Être né quelque part , c’est toujours un hasard !  Autrement dit, tu peux avoir la chance de te trouver du bon côté de la terre , ou bien la malchance d’être né sur l’autre rive , à Kaboul , Bagdad ou Alger où l’horreur fait office de quotidien et où les femmes sont les oubliées de l’humanité ; en théorie , tout cela devrait se conjuguer à l’imparfait . Ainsi , lorsqu’on songe à la dernière – et première – manifestation des femmes suisses en juin 2019 pour obtenir la parité des salaires entre autres , et que l’on visite le Kaboul de Zabou Breitmann et Elea Gobbé-Mevellec , le Bagdad de Samir ou encore la ville d’Alger avec Mounia Meddour, évidemment , c’est le grand écart assuré . Gaffe ! Personne n’est à l’abri , nous le savons : la folie meurtrière de l’homme est voyageuse , au moins autant que  son incommensurable bêtise moutonnière  et sa face grimaçante tout près de chez nous : voir les Eblouis de Sarah Succo , une affaire partiellement autobiographique d’aveuglement collectif sur fond de secte dans le milieu bien – pensant du monde chrétien ou l’Adieu à la Nuit de Téchiné , variation autour de l’endoctrinement ou comment lentement cheminer vers les ténèbres ,  ou encore Gloria Mundi , chronique de vies sans espoir de lendemains meilleurs où le mal de gloire amour et fortune annonce le drame final .

*****Le voyage à Kaboul d’Elea Gobbé Mevellec et Zabou Breitmann

Elea Gobbé-Mévellec Les Hirondelles de Kaboul FFFH 2019 Photo VB

Elea Gobbé-Mévellec Les Hirondelles de Kaboul FFFH 2019 ©VB

Que l’on ne s’y trompe pas : Les Hirondelles de Kaboul est un film avant d’être un film d’animation . Et pour cause : les acteurs , revêtus réellement de leurs costumes , ont été choisis pour interpréter les personnages du roman de Yasmina Khadra avant même d’être couchés sur papier , comme l’explique Zabou Breitmann. Nous sommes à l’été 1998 à Kaboul sous le règne des talibans. Les femmes y sont néantisées sous leur tchadri , la ville est en ruine sillonnée par d’énormes 4X4 lancés à vive allure transportant leurs passagers en arme,  bande hurlante et pétaradante , si ridicule qu’elle pourrait en devenir risible, sauf que rien ne peut prêter à rire dans cette brillante réalisation à 4 mains , ouvrage transitif dont l’image est confiée à la jeune dessinatrice d’animation Elea Gobbé-Mevellec , au pinceau pour donner vie au talibanisme en Afghanistan fin des années 90. Elle réalise ici son premier long-métrage après avoir animé les personnages de Joann  Sfar dans Le Chat du Rabbin ou ceux d’Ernest et Celestine deBenjamin Renner.

La première image des Hirondelles est celle d’une femme libre : Zunaira écoute de la musique, genre rock furieux – hommage au Burka Band qui a vraiment existé en 2006 Hit : no Burka! – , dessine sur le mur des portraits d’elle et de son amoureux Mohsen – Swann Arlaud, inoubliable Petit Paysan – , elle est nu-pieds et cheveux libres . A l’extèrieur : l’ancien cinéma-théâtre n’est plus qu’amas de pierres ,  il n’y a plus trace des jeunes gens qui autrefois riaient et discutaient joyeusement en sortant du spectacle ; désormais , il est interdit de rire, de se tenir la main , de remonter ses manches au-dessus du coude , de de de…La vie dans les rues désertées de Kaboul a sombré dans un vide abyssal seulement rythmé par les incursions motorisées des talibans en goguette slalomant entre les femmes en burka , foule indistincte sans visage . Les humains ici portent des noms : Atiq / Simon Abkarian , le gardien de prison des condamnés ne se résoud pas à répudier sa femme Mussarat malade comme le voudrait la règle ; le professeur joué par Michel Jonasz croit encore en la vertu et en la possibilité d’enseigner . Les tortionnaires eux ne portent pas de noms , ce sont des hommes ou bien des femmes ou même des enfants qui se contentent de jeter des pierres ou brandir rageusement leurs Kalachnikovs .

Carnet de voyage au pays de l’indicible : les actes de barbarie sont si violents que  seul le trait d’aquarelliste d’Elea Gobbé-Mevellec parvient à rendre l’image supportable . Elea explique que l’utilisation de cette technique qui encadre les scènes d’un espace blanc qui laisse , d’une part , libre cours à l’imagination , et produit , d’autre part , une parfaite représentation de la luminosité aveuglante qui caractérise la ville , une vision surexposée où l’on finit par douter de notre perception , – ces enfants jouent-ils vraiment au ballon contre les potences préparées pour les prochaines exécutions ?– chaque détail est suggéré , apparaissant et disparaissant à volonté comme une illusion , un mirage . La douceur de l’aquarelle forme un contraste immense avec le sujet du film en suggérant quelque chose de poétique , ainsi , l’image des centaines de femmes en tchadri qui s’éparpillent comme autant de lucioles , laissant le taliban bourreau dans l’impossibilité de retrouver Zunaira, une punition qui vient comme un châtiment divin et signe le ridicule de la situation.

Les Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec, sa créatrice artistique. ont obtenu le Prix Valois de diamant remis par le jury du 12e Festival du film francophone d’Angoulême.

Sortie en Suisse Alémanique 5 décembre 2019

Baghdad in my Shadow du réalisateur suisse Samir : adieu à la lumière !

Samir Baghdad in my Shadow FFFH 2019 Photo VB

Samir Baghdad in my Shadow FFFH 2019©VB

Cette fois-ci , l’action se passe de nos jours sous nos contrées , à Londres . La fiction « Baghdad in my Shadow » du réalisateur suisse Samir est sortie en première mondiale au festival de film de Locarno . À travers l’histoire de différents immigrants irakiens à Londres, Samir aborde les trois tabous du monde arabe: l’athéisme, la libération des femmes et l’homosexualité. Tout le monde se rencontre au Café Abu Nawas : Amal / Zahraa Ghandour , qui a quitté son ex-mari – celui par qui le malheur arrive-, est architecte de formation y travaille , Taufiq est écrivain , son neveu Nasseer, sous l’influence d’un prédicateur salafiste radical  et le jeune Muhamad qui n’a quitté Baghdad que récemment pour échapper à la menace à laquelle les homosexuels sont confrontés. Le film est monté comme un polar haletant et comme nous ne sommes pas chez Pixar , ça se termine mal , même si , à l’instar des Hirondelles de Kaboul , l’un des personnages se sacrifie finalement pour rendre à d’autres leur liberté .

Pour les acteurs irakiens vivant à Bagdad, le fait d’avoir joué ces rôles n’est pas sans risques particulièrement l’actrice Zahraa Ghandour, âgée de 28 ans, qui incarne le rôle d’Amal. Cette militante pour les droits des femmes, qui vit à Bagdad, se sait particulièrement exposée. Samir est né à Baghdad  en 1955, et a émigré  à l’âge de six ans en Suisse. Producteur et réalisateur engagé, il est devenu, de Filou en Babylon 2, une figure de proue du cinéma helvétique.

Sortie en Suisse Alémanique 28 novembre 2019

 

 *****Papicha : Mounia Meddour filme les  jolies filles d’Alger pèriode guerre civile

Lyna Khoudri Papicha FFFH 2019 Photo VB

Lyna Khoudri Papicha FFFH 2019©VB

Un travail de mémoire : nous sommes à Alger dans les années 90. Nedjma/Lyna Khoudry, 18 ans, étudiante habitant la cité universitaire, rêve de devenir styliste. Comme toutes les filles de son âge , elle aime sortir , s’amuser ; le soir , après avoir franchi les grilles de la cité U , c’est paillettes et escarpins , les papichas  rejoignent joyeusement la boîte de nuit où Nedjma vend ses créations aux jeunes algéroises . Les femmes en hidjab ne pardonnent pas aux papichas leur jeunesse désinvolte , quant aux hommes , ils naviguent en toute impunité entre harcèlement et actes de violence gratuits . On est à la veille de la guerre civile , Nedjma et ses amies organisent leur rébellion en préparant un défilé de mode à l’université , bravant ainsi tous les interdits instaurés par les ultra-religieux. C’est l’amorce du désastre, un descente aux enfers pour les jeunes femmes .

Papicha , est une fiction réaliste , tournée entièrement en Algérie avec des acteurs algériens dans laquelle tout ou presque est vrai . Pour Lyna Khoudri , le scénario est tout à fait familier car il correspond à ce que ses parents lui ont relaté .Un monsieur dans le public raconte comme cette histoire est aussi la sienne , lui qui est algérien vivait en Suisse au moment de la guerre civile et a perdu sa petite amie ,universitaire comme Nedjma , belle rebelle libre, assassinée par les islamistes exactement dans les mêmes circonstances que Linda dans le film.

Aujourd’hui , chaque vendredi , les algérois manifestent pacifiquement dans les rues pour une deuxième république et réclament le départ des militaires et des cadres du FLN au pouvoir. L’espoir est permis.

Présentée à Cannes dans la section Un certain regard ,Papicha est également dans la course aux Oscars 2020 , mais la sortie du film prévue le 22 septembre en Algérie vient d’être annulée ( source 20Minutes parution le 20 septembre ).

Sortie en Suisse Alémanique Printemps 2020

L’Adieu à la nuit d’André Téchiné avec Catherine Deneuve et Kacey Mottet-Klein : radicalisation , questionnement.

Kacey Mottet-Klein L'Adieu à la nuit FFFFH 2019 Photo VB

Kacey Mottet-Klein L’Adieu à la nuit FFFH 2019©VB

Muriel / Catherine Deneuve est une grand-mère heureuse : son petit-fils Alex / Kacey Mottet-Klein lui rend visite pour quelques jours avant de partir vivre au Canada . Le décor est bien sympathique , Muriel possède une ferme équestre où chacun semble heureux  . Ce cadre provincial et bucolique contraste de façon brutale avec l’attitude fermée et glacée d’Alex . Le jeune homme  ne se prépare pas pour partir au Canada mais pour s’enrôler aux côtés des djiadistes  . Il ne s’en cache pas vraiment , convaincu d’avoir raison et de donner  enfin un sens à son existence . Téchiné fait intervenir plusieurs personnages pour exprimer l’idée qu’Islam et Islamiste sont deux notions différentes et qu’il faut donc se garder de tout amalgame  : Youssef/ Mohamed Djouhri , bras droit de Muriel au centre équestre et Fouad : le premier, farouchement opposé au fondamentalisme et à l’intégrisme, a refusé d’engager le second, djihadiste repenti, considérant qu’il a sali la religion musulmane.  La détermination de Muriel  est sans faille et très efficace puisque Alex , sa petite amie Lila (Oulaya Amamra) et son mentor, le jeune Imam Bilal/ Stéphane Bak,  partent bien finalement mais n’arriveront pas à Istamboul , l’étape ultime avant la Syrie .

Pour ce film, André Téchiné s’est inspiré du livre « Les Français jihadistes » (David Thomson, Les Arènes, 2014), un recueil de témoignages de jeunes qui se sont engagés dans le djihad . Le realisateur signe le  huitième engagement avec Catherine Deneuve. Quant à Kacey , ilrevient avec André Téchiné après Quand on a 17 ans et était naturellement prêt à tourner à nouveau avec ce metteur en scène à condition de ne pas jouer à nouveau un rôle d’homosexuel par crainte de catalogage. L’acteur lausannois Kacey Mottet-Klein développe actuellement un projet au Maroc dont le but est de contribuer au développement de la culture cinématographique adressée aux enfants en particulier.

Sortie en Suisse Alémanique 26 septembre 2019

*****Les éblouis de Sarah Suco : une histoire d’aveuglement collectif ordinaire

Sarah Succo Les éblouis FFFH 2019 Photo VB

Sarah Succo Les éblouis FFFH 2019 ©VB

Être ébloui normalement a plutôt une connotation positive voire poétique . La lumière du soleil éblouit . Mais  elle peut aussi aveugler . C’est l’histoire de la réalisatrice Sarah Succo , ou comment ses parents ont entraîné leurs enfants dans le sillage malfaisant d’une secte. Comme l’histoire se répète : l’excès de religion ou sa mauvaise interprétation , est toujours synonyme de frustration , de répression , de liberté bridée,  les femmes étant partout les cibles de choix .  Ainsi, à l’instar de Nedjma ( Papicha) passionnée par la mode ou Zunaira ( Baghdad in my Shadow)  par le dessin , Camille /Céleste Brunnquell 12 ans, passionnée de cirque, est  contrainte d’abandonner son rêve , devenir acrobate . Elle est l’aînée d’une famille nombreuse. Un jour, ses parents intègrent une communauté catholique basée sur le partage et la solidarité dans laquelle ils s’investissent pleinement. Au début , tout va bien , l’ambiance est bon enfant , on rit , on sourit , on s’embrasse , on rend service . Puis les choses changent imperceptiblement sous l’influence du curé joué par Jean-Pierre Darroussin , le prédicateur autoproclamé le Berger dont les fidèles saluent l’arrivée en bêlant . Les éblouis ou comment tombe-t-on dans l’endoctrinement et comment s’en défaire ? L’implication des parents Camille Cottin et Eric Caravaca  tourne très vite à l’enfermement , voire la séquestration , l’abandon de la fantaisie , de la légèreté . La dérive de la croyance bienveillante , en toute innocence et toute sincérité,  au fanatisme , est un lent et inéluctable plongeon dans l’obscurité ,  un engluement dans les sables mouvants de l’embrigadement , une  fascination absurde . Ici , on ne prie pas pour quelqu’un mais sur quelqu’un , une façon d’étouffer toute tentative d’originalité , jusqu’à obtenir la négation de l’individualité .

Sarah Suco a réalisé avec les éblouis son premier film , totalement bouleversant et parfaitement interprété par les acteurs Camille Cottin en tête , Eric Caravaca , Jean-Pierre Darroussin et Céleste Brunnquell. Sortie en Suisse Alémanique 20 novembre 2019 .

 

*****Arnaud Desplechin capte la lumière de Roubaix à sa façon  : brillant , émouvant , captivant !

Arnaud Desplechin Roubaix Une lumière FFFH 2019 Photo VB

Arnaud Desplechin Roubaix Une lumière FFFH 2019©VB

Arnaud Desplechin connaît Roubaix , et pour cause , il y est né . Il y a campé l’action de son film dont le scénario est inspiré d’un fait divers qui s’est déroulé en 2002,  ayant lui-même inspiré le film documentaire de Mosco Boucault en 2008  Commissariat central de Roubaix. L’histoire est la suivante , plutôt classique à priori : à Roubaix, un soir de Noël, Daoud / excellent Roschdy Zem , le chef de la police locale et Louis/Antoine Reinartz son jeune adjoint, font face au meurtre d’une vieille femme. Les voisines de la victime, deux jeunes femmes, Claude/ Léa Seydoux et Marie/ Sara Forestier, sont arrêtées. Elles sont toxicomanes, alcooliques, amantes… une vie de merde – pardon mais ce sont les termes de Desplechin et ils conviennent parfaitement , même si une dame dans le public évoque ses souvenirs de Roubaix comme d’une ville bourgeoise , Arnaud Desplechin se souvient d’une époque où les bus n’ont plus circulé pour cause de canardage ; peut-être y-a-il deux Roubaix dans le monde , qui sait  ? Il y a bien deux Paris ! –

Un axiôme qui relève de l’exixtentiel : tous les gens ont une âme ,  même les criminels , ils méritent à ce titre d’être traités comme des humains . C’est en tout cas le point de vue du charismatique commissaire Daoud , un homme miséricordieux ( le titre anglophone est d’ailleurs Mercy ! ) , peut-être prêtre dans une autre vie,   un flic enflé d’empathie , qui  n’est pas dans le jugement mais cherche à débusquer la moindre parcelle d’humanité chez celles et ceux qu’il interroge , comme Claude et Marie fussent-elles suspectées de meurtre. Ce qui ne l’empêche pas le moins du monde de faire aboutir ses enquêtes. Autre axiôme : la misère , le désarroi social sans justifier l’innomable , peut l’expliquer : Claude et Marie , acculées à avouer leur méfait absurde – etouffer la vieille dame pour lui piquer trois francs six sous- en donnent servilement les détails techniques comme si cela avait la faculté d’éloigner l’aspect sordide de la chose .

Roubaix , une lumière , polar au féminin joué par les acteurs et les vrais flics de Roubaix , est un film sur les offensés et les humiliés , il est le 10ème long métrage d’Arnaud Desplechin. Le FFFH a du organiser une séance supplémentaire pour absorber les achats de billets.

Sortie en Suisse Alémanique le 17 octobre 2019

Un monde plus grand de Fabienne Berthaud avec Cécile de France : voyage en terre chamanique

Cecile de France Fabienne Berthaud Un monde plus grand FFFH 2019 Photo VB

Cecile de France Fabienne Berthaud Un monde plus grand FFFH 2019©VB

Corine/ Cécile de France, journaliste, à qui son chef commande un reportage sur la spiritualité dans le monde , choisit sur la carte le pays le plus lointain : la Mongolie . L’histoire de Corinne Sombrun se déroule en 2007 . Elle s’installe dans une communauté d’éleveurs de rennes, pour enregistrer des chants traditionnels, mais surtout pour essayer d’oublier la mort de Paul. Mais une rencontre va bouleverser sa vie : celle d’Oyun/ Tserendarizav Dashnyam . Cette dernière annonce à Corine qu’elle a reçu un don rare et qu’elle doit être initiée aux rites chamaniques… Un monde plus grand est l’adaptation du livre Mon initiation chez les chamanes de Corine Sombrun, qui a collaboré au scénario. Bon , bien sur , il faut y croire un minimum pour s’impliquer dans le film , mais la splendeur des paysages et le jeu très convaincant quasi animal de Cécile de France aident indubitablement le spectateur, notamment lors des transes impliquées dans la cérémonie d’initiation accompagnées des battements lancinants du tambour . Cécile de France raconte d’ailleurs que lors du casting , Corine Sombrun a provoqué une transe chez les lauréates en guise de test. Avant de tourner ce film Fabienne Berthaud a parcouru en Mongolie le chemin de Corinne Sombrun et s’est installé avec les Mongols pendant plusieurs semaines.

Sortie en Suisse Alémanique le 30 octobre 2019

 

*****Tambour Battant de François-Christophe Marzal : Montchoux dans le Valais , votations en fanfare

Francois-Christophe Marzal Tambour Battant FFFH 2019 Photo VB

Francois-Christophe Marzal Tambour Battant FFFH 2019©VB

Le réalisateur genevois François-Christophe Marzal le dit :  il a clairement été inspiré par la querelle Don Camillo /Peppone pour le film Tambour Battant calé sur les années 70, du coup , il m’est  -très chauvinement- encore plus sympathique , désolée mais pas tant que ça , pour ma totale subjectivité. Pierre Le Libertaire alias Pascal Demolon ( j’adore ) , Jean-Luc Bideau , le père médecin aveugle, Aloys/ Pierre Mifsud, le concurrent has-been atrabilaire , forment le trio de tête de ce petit chef-d’oeuvre rigolard et grinçant tout à la fois de François-Christophe Marzal à qui il a fallu trois années pour écrire avec Nicolas Frey ce scénario et ça en valait la peine – pardon pour la vanne moisie – ! Le pitsch : on est en avril 1970 . A Montchoux, tout le monde est un peu énervé : on a deux votations en cours de reflexion, le suffrage feminin et le referendum sur le renvoi des étrangers et surtout , on aimerait bien être enfin sélectionné pour le Festival fédéral des Fanfares mais celle dirigée par Aloys n’est décidément pas à la hauteur . Aloys est ronchon et braille beaucoup tandis que son concurrent tout frais débarqué de Paris , Pierre ,  joyeux drille prompt à la fumette  est de retour au village , accueilli comme le héros qui va mener Montchoux à la gloire grâce à sa fanfare au goût du jour. C’est un peu manichéen mais seule la caricature autorise le rire , on le sait bien . Aloys est méchant : c’est un conservateur qui n’aime pas les étrangers – à Montchoux ce sont les italiens -et que son épouse marie-Thérèse  -Sabine Timoteo excellente de sobriété – fasse de la propagande pour le vote des femmes et fait jouer à son orchestre des vieilleries poussiéreuses à resonnance militaire. Pierre est gentil : c’est un progressiste , il n’a rien contre les femmes , au contraire , ni contre les étrangers , en plus il joue des trucs rigolos  que tout le monde peut reprendre en choeur comme le chant révolutionnaire italien Bella ciao.

Cette guerre des boutons réjouissante est certes une fiction , mais elle repose sur une réalité , celle du village de Chermigon , Montchoux dans le film de Marzal. La votation pour le suffrage féminin est proposée en avril 1970. L’initiative « Schwarzenbach » intitulée «contre l’emprise étrangère»est déposée en juin 1970 mais  elle fut tout de même rejetée par 54% des votants , de telles initiatives sont régulièrement déposées et rejetées depuis. C’est à Saillon que François-Christophe Marzal a tourné les bagarres entre fanfares grâce à une cinquantaine de valaisans , plus authentique , on ne fait pas. Je vous conseille ce petit bijou filmique  à 200% .

Pierre Mifsud tambours Battants FFFH 2019 Photo VB

Pierre Mifsud tambours Battants FFFH 2019©VB

Pour info : en Appenzell , les femmes ne votent que depuis 1990, à Zurich , ce droit ne leur a été accordé qu’en 1970 comme dans le Valais ; à Bâle-ville en 1966 , et Bâle-campagne en 1968 ( oui , vous êtes en Suisse , les cantons sont indépendants ); les premiers ont été le canton de Vaud et Neuchâtel en 1959.

François-Christophe Marzal : Né en 1966 à Nice (France). 1988 Diplôme de Lettres Modernes à l’Université Stendhal de Grenoble. 1996 Diplôme de l’ ESAV (Ecole Supérieure d’Art Visuel Genève), section cinéma et vidéo.

Pierre Mifsud : né à Marseille, formé à l’Ecole Serge Martin, Pierre Mifsud a travaillé avec plusieurs compagnies en France, puis en Suisse. Comédien et metteur en scène, il a participé notamment aux spectacles de la compagnie l’Alakran. Il a travaillé sous la direction de Jean-Michel Ribes, Oscar Gomez Mata, François Gremaud. Il a mis en scène Le portrait de Madame Mélo au Théâtre de Vidy, Infuser une âme de Claude-Inga Barbey. Dernièrement, il a joué dans le spectacle Louis de Funès, au Théâtre de Vidy-Lausanne et au Théâtre du Loup, et depuis quelques années, il collabore étroitement aux créations des spectacles de Claude-Inga Barbey. Actuellement, il tourne dans le spectacle Juliette et Roméo, et dans Simone one two three for de François Gremand. Pierre Mifsud a créé Conférence de choses est une déambulation au cœur du savoir encyclopédique participatif contemporain, une succession de jeux avec les mots .

Sortie en Suisse Alémanique le 19 septembre 2019

Fête de famille de Cedric Kahn : partage de la folie en famille

Cédric Kahn Vincent Macaigne Fête de famille FFFH2019 Photo VB

Cédric Kahn Vincent Macaigne Fête de famille FFFH2019©VB

On ne compte plus les films autour du sujet central de la famille : Portrait de famille , Photo de famille , Tableau de famille , Secret de famille, un air de famille … Si l’on place la famille dans un contexte de célébration quelconque , c’est le plus souvent chronique d’un drame annoncé où l’escalade des rancoeurs où la resortie inopinée des non-dits prend rapidement le dessus ; en général , on se réjouit sadiquement de ce qu’on va découvrir de commun entre le film et notre propre réalité . Le pitch : Andrea/ Catherine Deneuve réunit sa famille dans un lieu enchanteur ,blotti quelque part en Lot-et-Garonne,  pour fêter son anniversaire . Au début tout va bien , il fait beau , pas question de parler de choses qui fâchent , mais c’est sans compter l’arrivée surprise de Claire/ Emmanuelle Bercot, la fille aînée disparue depuis trois ans et bien décidée à reprendre ce qui lui est dû . Il y a Vincent / Cedric Kahn , le grand frère banquier , marié à une médecinette deux enfants -merci-tout-va-bien , le cadet Romain/Vincent Macaigne intermittent du spectacle fantaisiste comme il se doit, armé de sa caméra , tourne le film dans le film . La vraie surprise du film , c’est le glissement de la folie : tout un pan du film raconte celle de la soeur Emmanuelle Bercot avec force cris et scènes hystériques puis la folie circule. C’est l’histoire d’une contamination ( Cédric Kahn ).

Cedric Kahn n’aime pas qu’on lui pose des questions sur la genèse de son film – trop compliqué – et n’aime pas non plus qu’on lui pose des questions auxquelles il a déja répondu , alors il clache . On arrive tout de même à en apprendre un peu plus , notamment sur la question de l’imbrication du privé dans la fiction :  » j’ai beaucoup de mal avec cette mode qui consiste à vendre toutes les oeuvres d’art autour de l’autobiographie , je n’aime pas l’idée selon laquelle raconter sa vie serait une preuve de qualité artistiqueLe tournage de Fete de famille était très heureux , il s’agit d’une fiction que j’ai écrite de façon très spontanée avant de soumettre le traitement de 20 pages aux acteurs . L’endroit de la fiction est très confortable  car il permet de naviguer librement entre vérité , mensonge , invention . »

***Gloria Mundi de Robert Guédiguian : effet papillon d’un quotidien sans espoir de meilleur avenir 

Pour son 21e film, le cinéaste marseillais Robert Guediguian revient avec sa bande , Ascaride , Darroussin , Meylan et la petite « nouvelle « Demoustier pour un film totalement réussi , un grand plaisir de cinéma. Le pitch: Daniel/Gérard Meylan sort de prison où il était incarcéré depuis de longues années et retourne à Marseille. Sylvie/ Ariane Ascaride, son ex-femme, l’a prévenu qu’il était grand-père : leur fille Mathilda/ Anaïs Demoustier vient de donner naissance à une petite Gloria. Le temps a passé, Sylvie a comme nouveau compagnon Richard/ Jean-Pierre Darroussin avec qui elle a eu une seconde fille Aurore / Lola Naymark… En venant à la rencontre du bébé, Daniel découvre une famille recomposée qui lutte par tous les moyens pour rester debout. Sylvie est femme de ménage tandis que Richard est chauffeur de bus , Mathilda vendeuse , et son mari Nicolas / Robinson Stévenin  chauffeur Uber essaient de s’en sortir . Aurore et son mari Bruno / Grégoire Leprince -Ringuet gagnent leur vie plus ou moins honnêtement avec leur commerce d’achat-vente cash de n’importe quoi , ils seront ceux par qui  le malheur revient comme une fatalité . Gloria Mundi « Ainsi passe la gloire du monde » ou gardons-nous de tout orgueil ou vanité car à la fin nous mourrons .

Ariane Ascaride a décroché la Coupe Volpi  de la meilleure interprétation féminine à Venise pour son rôle dans Gloria Mundi.

Le film sera sur les écrans français le 27 novembre.

J’irai où tu iras  de Géraldine Nakache avec Leïla Bekhti Patrick Timsit

Geraldine Nakache J'irai où tu iras FFFH 2019 Photo VB

Geraldine Nakache J’irai où tu iras FFFH 2019©VB

Vali / Nakache et Mina / Bekhti sont deux soeurs que tout oppose. L’une est chanteuse, rêveuse et émotive et compte passer les auditions pour devenir choriste francophone de Céline Dion. L’autre est thérapeute, distante et rationnelle. Leur père Patrick Timsit finit par trouver l’occasion rêvée pour peut-être les réconcilier : Vali a décroché une audition à Paris et c’est Mina qui va devoir l’y emmener malgré son mépris pour la passion de sa soeur. C’est une histoire de retrouvailles, une histoire d’amour entre deux soeurs, l’histoire d’une famille qui s’aime, mais qui ne sait plus se le dire.

Sortie en Suisse Alémanique le 2 octobre 2019

FFFH 2019 : bilan très positif

18’500 festivaliers ont pris part aux projections ainsi qu’aux différents événements du FFFH. Ce chiffre indique, par rapport à l’an dernier, une légère augmentation de la fréquentation dans les salles à Bienne et prend en compte les visiteurs du Festival Offf. À Berne, le nombre de spectateurs est resté stable par rapport à 2018. Ce bilan encore provisoire est extrêmement réjouissant pour les organisateurs, compte tenu notamment de la météo estivale.  La 15e édition a été marquée par la présence d’une délégation de haut rang et plus de 30 invités ont fait le déplacement au Festival. Le Jury de la Section découverte a décerné le prix du meilleur court-métrage au film Max de la réalisatrice française Florence Hugues. Annoncés dimanche lors de la Soirée de clôture, le Prix Célestine a été décerné au film Les éblouis de Sarah Suco,  et Fête de famille de Cédric Kahn a reçu le Prix du Jury des Jeunes.

FRANCOPHONES ET GERMANOPHONES ONT FAIT LE MÊME VOYAGE

Comme chaque année, un soin particulier a été mis en place par le FFFH afin que la majorité des films soit sous-titrée et que tous les Podiums puissent être écoutés en traduction simultanée. « La diversité culturelle et le bilinguisme sont des atouts d’une grand importance pour notre canton », a déclaré la conseillère d’État Christiane Häsler, Directrice de l’instruction publique, dans son allocution lors de l’Ouverture du FFFH. « Biennoises, Bernois, francophones et germanophones prennent place dans la même salle, font le même voyage », s’est-elle réjouie, remerciant le FFFH pour son engagement et ses efforts.

FFFH 2019

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