Nous les Arbres Fondation Cartier 2019 Photo VB
Nous les Arbres Fondation Cartier 2019©VB

Les arbres sont des êtres vivants comme vous et moi

Réunissant une communauté d’artistes, de botanistes et de philosophes, la Fondation Cartier pour l’art contemporain se fait l’écho des plus récentes recherches scientifiques qui portent sur les arbres un regard renouvelé.

Nous les Arbres s’organise autour de plusieurs grands ensembles d’œuvres et laisse entendre la voix de ceux qui ont tissé, à travers leur parcours esthétique ou scientifique, un lien fort et intime avec les arbres. L’exposition est l’occasion de mettre en lumière la beauté et la richesse biologique de ces remarquables protagonistes du monde vivant, aujourd’hui massivement menacés.

 
Francis Hallé Nous les Arbres Fondation Cartier 2019 photo VB
Francis Hallé Nous les Arbres Fondation Cartier 2019©VB

 Après avoir été longtemps sous-évalués par la biologie, les arbres – comme l’ensemble du règne végétal – ont fait l’objet, ces dernières décennies, de découvertes scientifiques qui permettent de porter un nouveau regard sur les plus anciens membres de la communauté des vivants. Capacités sensorielles, aptitude à la communication, développement d’une mémoire, symbiose avec d’autres espèces et influence climatique ; la révélation de ces facultés invite à émettre l’hypothèse fascinante d’une « intelligence végétale » qui pourrait apporter des éléments de réponse à bien des défis environnementaux actuels. 

En résonance avec cette « révolution végétale », l’exposition Nous les Arbres croise les réflexions d’artistes et de chercheurs, prolongeant ainsi l’exploration des questions écologiques et de la relation de l’homme à la nature, récurrente dans la programmation de la Fondation Cartier, comme ce fut le cas récemment avec Le Grand Orchestre des Animaux (2016). Rythmé par plusieurs corpus de dessins, peintures, photographies, films et installations d’artistes d’Amérique latine, d’Europe, des États-Unis, mais également d’Iran, ou encore de communautés indigènes comme les Nivaclé et Guaraní du Gran Chaco, au Paraguay, ainsi que les Indiens Yanomami qui vivent au coeur de la forêt amazonienne, le parcours de l’exposition déroule trois fils narratifs : 

la connaissance des arbres – de la botanique à la nouvelle biologie végétale – ; leur esthétique – de la contemplation naturaliste à la transposition onirique – ; leur dévastation – du constat documentaire au témoignage artistique. « Je me demande si le rapport premier aux arbres n’est pas d’abord esthétique, avant même d’être scientifique. 

Quand on rencontre un bel arbre, c’est tout simplement extraordinaire. » FRANCIS HALLÉ, BOTANISTE 

Les arbres comptent parmi les plus anciens organismes vivants de la planète – la première forêt fossile connue date de 385 millions d’années –, et le monde végétal constitue 82, 5 % de la biomasse terrestre. En comparaison, l’Homme n’a guère plus de 300 000 ans d’existence et ne représente que 0,01 % de cette masse organique. Orchestré avec l’anthropologue Bruce Albert, qui accompagne la curiosité de la Fondation Cartier depuis l’exposition Yanomami, l’esprit de la forêt (2003), le projet s’articule autour de personnalités qui ont développé une relation singulière aux arbres, quelle soit intellectuelle, scientifique ou esthétique. Ainsi, le botaniste Stefano Mancuso, pionnier de la neurobiologie végétale et défenseur de la notion d’intelligence des plantes, cosigne avec Thijs Biersteker une installation qui « donne la parole » aux arbresGrâce à une série de capteurs, leurs réactions à l’environnement ou à la pollution, le phénomène de la photosynthèse, la communication racinaire ou l’idée d’une mémoire végétale rendant visible l’invisible, sont révélés. 

Au nombre également de ces grandes figures qui construisent le propos de l’exposition, le botaniste-voyageur Francis Hallé, dont les carnets de planches conjuguent l’émerveillement du dessinateur face aux arbres et la précision de l’intime connaissance du végétal, se fait le témoin de la rencontre entre la science et le sensible

Au coeur de la pensée de l’exposition, la relation de l’homme et de l’arbre devient le sujet du film de Raymond Depardon et Claudine Nougaret qui brosse, à travers les mots de ceux qui les côtoient, le portrait de ces platanes ou de ces chênes qui ombragent les places des villages et auxquels sont associés nombre de souvenirs, des plus personnels aux plus historiques. Artiste-semeur – il a planté quelque 300 000 graines d’arbres dans sa vallée vendéenne –, Fabrice Hyber offre dans ses toiles une observation poétique et personnelle du monde végétal, interrogeant les principes de croissance en rhizome, d’énergie et de mutation, de mobilité et de métamorphose. Guidé davantage par l’esthétique d’une collecte intuitive que par la recherche d’une rigueur scientifique, l’artiste brésilien Luiz Zerbini compose des paysages luxuriants, organisant la rencontre imaginaire d’arbres empruntés à des jardins botaniques tropicaux et de signes d’une modernité urbaine. À cette exubérance picturale répond l’inventaire conceptuel et systématique de l’architecte Cesare Leonardi qui dresse, avec la complicité de Franca Stagi, une typologie des arbres, de leurs ombres et de leurs variations chromatiques, en un précieux corpus réuni en vue de la conception de parcs urbains. Les silhouettes fantomatiques des grands arbres de Johanna Calle symbolisent, avec poésie et délicatesse, la fragilité de ces géants menacés par une déforestation irréversible. Au drame de la destruction des vastes espaces forestiers de la planète, évoqué notamment par le film EXIT des architectes Diller Scofidio + Renfro, succède l’univers onirique de la cinéaste paraguayenne Paz Encina qui propose une image intériorisée de l’arbre comme refuge de la mémoire et de l’enfance. 

Créé en 1994 par l’artiste Lothar Baumgarten pour la Fondation Cartier, le jardin prolonge naturellement l’exposition et invite à une flânerie. Ces arbres, comme le majestueux cèdre du Liban planté par Chateaubriand en 1823, ont inspiré à Jean Nouvel une architecture de reflets et de transparence, jouant sur le dialogue entre l’intérieur et l’extérieur, et faisant naître des « émotions furtives ». Niché dans la végétation tel un double discret de la nature, gardant sur son tronc la trace de la main de l’artiste, l’arbre de bronze de Giuseppe Penone a trouvé sa place dans le jardin de la Fondation Cartier, qui accueille à l’occasion de l’exposition la sculpture qu’Agnès Varda avait spécialement imaginée pour ce projet. 

Enfin, Nous les Arbres réunit les témoignages, artistiques ou scientifiques, de ceux qui portent sur le monde végétal un regard émerveillé et qui nous révèlent que, selon la formule du philosophe Emanuele Coccia, « il n’y a rien de purement humain, il y a du végétal dans tout ce qui est humain, il y a de l’arbre à l’origine de toute expérience »

Commissaires : Bruce Albert, Hervé Chandès et Isabelle Gaudefroy Commissaires associées : Hélène Kelmachter, Marie Perennes  

Cesare Leonardi Franca Stagi Nous les Arbres Fondation Cartier 2019 Photo VB
Cesare Leonardi Franca Stagi Nous les Arbres Fondation Cartier 2019©VB

Francis Hallé : Amoureux des arbres et des plantes, spécialiste des forêts tropicales et fervent défenseur des forêts primaires.  Depuis une soixantaine d’années, ce botaniste voyageur passe sa vie au plus près des arbres. S’il les étudie scientifiquement, il pose aussi sur ces êtres vivants un regard émerveillé. Entre contemplation et rigueur méthodique, il dessine sur les précieux carnets qui l’accompagnent depuis le premier jour leurs fleurs, leur frondaison, mais aussi leur architecture. Son  premier souvenir d’arbre : J’avais 4 ans et la France était occupée par l’Allemagne. Ma famille ne pouvait pas rester à Paris. Nous nous sommes retirés à quarante kilomètres de la capitale, sur un hectare de forêt et de jardin. Nous étions neuf : mes parents, ainsi que mes frères et soeurs. Grâce à ce petit terrain, nous avons non seulement très bien vécu pendant la guerre, mais nous avons pu aussi aider nos voisins. J’ai pensé que nous pouvions satisfaire tous nos besoins avec un lopin de forêt et un petit bout de potager. Je me rappelle surtout un châtaignier, pas très grand, sur lequel je grimpais. Après l’ascension d’un tel arbre, on peut facilement monter dans un grand pin laricio de Corse d’au moins quarante mètres de haut. Les arbres me sont apparus comme des routes faciles et accueillantes. C’était tout un paysage et une manière de voir le monde par le haut. Tout le travail que j’ai fait par la suite sur la canopée est lié à des souvenirs d’enfance.  

Au coeur de la pensée de l’exposition, la relation de l’homme et de l’arbre 

Fabrice Hyber (France)  « Lorsque je dessine un arbre , j’essaie de me mettre dans sa peau… un vêtement d’écorce. J’imagine qu’il a, par analogie avec nos comportements profondément humains, des fonctions invisibles : comme nous, il se déplace et communique avec les autres ; il peut être fou ou sage, hystérique ou calme, en fonction du contexte et de l’environnement. » 

Le philosophe Emanuele Coccia : «  il n’y a rien de purement humain, il y a du végétal dans tout ce qui est humain, il y a de l’arbre à l’origine de toute expérience »

  Sebastián Mejía [23] (Pérou) : « nous, citadins, tenons la nature à distance tout en essayant de la réinsérer dans nos foyers, nos jardins, nos espaces publics ». 

 Paz Encina :  » l’arbre est le  lieu d’asile entre le ciel et la terre , le gardien d’une mémoire entre les générations qui nous apporte réconfort et ancrage spirituel. » 

 C’est le jardin de la Fondation Cartier qu’Agnès Varda a choisi pour accueillir la souche de l’arbre qu’elle avait autrefois planté dans son jardinet de la rue Daguerre. Surmonté du double sculpté de sa chatte Nini : « ce tronc est la synthèse poétique de tous les arbres « qui comptent dans notre vie : le cerisier dans le jardin, un saule pleureur sur le chemin du marché, un cèdre gigantesque sous lequel j’ai aimé être assise et les arbres par-ci par-là, avec lesquels on a rendez-vous en passant » (Agnès Varda, Paris, le 11 mars 2019).

 De l’identité de la Fondation Cartier : dans son exploration continue sur l’état du monde, la Fondation Cartier s’engage sur des questions majeures d’actualité. La nature et l’environnement, le dérèglement climatique et ses répercussions sur les migrations, la destruction du monde animal et végétal, la déforestation et la disparition de langues et cultures autochtones, ou encore l’impact créatif et scientifique des mathématiques contemporaines, sont autant de thématiques qui sont développées grâce aux collaborations entre les artistes et les scientifiques. Des installations immersives, telles que Le Grand Orchestre des Animaux, et toutes les oeuvres créées à l’initiative de la Fondation Cartier, sont les fruits de ces rencontres. La majorité de ces oeuvres intègrent ensuite la collection et sont présentées dans le monde entier. Nous les Arbres prolonge l’exploration des questions écologiques et de la place de l’Homme dans le monde vivant, qui anime sa programmation depuis de nombreuses années. 

Fabrice Hyber Nous les Arbres Fondation Cartier 2019 Photo VB
Fabrice Hyber Nous les Arbres Fondation Cartier 2019©VB

REPÈRES CHRONOLOGIQUES : EXTRAIT DU CATALOGUE DE L’EXPOSITION  Nous les Arbres

IL Y A 4,6 MILLIARDS D’ANNÉES Formation de la Terre IL Y A 2,6 MILLIARDS D’ANNÉES Apparition des premiers organismes cellulaires sans noyau en mesure d’opérer la photosynthèse en dégageant de l’oxygène IL Y A 1,5 MILLIARDS D’ANNÉES Apparition des cellules eucaryotes, à l’origine des champignons, des plantes et des animaux IL Y A 475 MILLIONS D’ANNÉES Les plantes sortent de l’eau et colonisent la terre. IL Y A 385 MILLIONS D’ANNÉES Datation des plus anciens fossiles d’arbres connus IL Y A 100 MILLIONS D’ANNÉES Apparition des plantes à fleurs IL Y A 3 MILLIONS D’ANNÉES Apparition du genre Homo IL Y A 300 000 ANS Apparition d’Homo Sapiens IVe SIÈCLE AV. J.-C. Théophraste étudie et classifie les plantes. Il crée ainsi la botanique. 

70-77 APR. J.-C. Pline l’Ancien consacre quatre volumes de sa monumentale Histoire naturelle à la botanique. 1804 Le chimiste et botaniste suisse Nicolas-Théodore de Saussure prouve que les plantes sont capables d’assimiler le dioxyde de carbone. 1802 À Paris, Charles-François Brisseau de Mirbel contribue à la naissance de la cytologie des plantes – l’étude des cellules – leur morphologie, leurs propriétés et leur évolution. 1779 À Londres, Jan Ingenhousz démontre que c’est seulement à la lumière du soleil que les plantes absorbent l’air et rejettent de l’oxygène. 1758 Le Français Henri Louis Duhamel du Monceau est le premier à identifier la lumière comme force stimulatrice du phototropisme – le mouvement d’orientation en fonction d’un rayonnement lumineux. 1

1694 En Allemagne, Rudolf Camerarius découvre et décrit la sexualité des plantes. 1675 L’Italien Marcello Malpighi fonde l’anatomie microscopique et est à l’origine de l’étude de l’anatomie des plantes. 1596 À Bâle, Gaspard Bauhin est un des premiers botanistes à proposer une classification naturelle des plantes : son système préfigure celui de Carl von Linné (1753). 1583 À Arezzo, Andrea Cesalpino publie la première classification scientifique des plantes à fleurs, et jette les bases de la morphologie et de la physiologie des plantes. 

1532 En Italie, Gherardo Cibo élabore le plus ancien herbier qui nous soit parvenu. 1805 Au retour d’une expédition en Amérique latine, l’Allemand Alexander von Humboldt et le Français Aimé Bonpland publient Essai sur la géographie des plantes, texte fondateur de la phytosociologie, qui étudie les communautés végétales et leur relation avec leur milieu. 1806 Le botaniste anglais Thomas Andrew Knight met en évidence le gravitropisme : la croissance des racines et des branches des plantes orientée par la pesanteur. 1817 En France, Pierre-Joseph Pelletier et Joseph-Bienaimé Caventou isolent la molécule de la chlorophylle, qui est la plus importante pour la vie de notre planète. 1873 L’Anglais John Scott Burdon- Sanderson prouve l’existence de signaux électriques chez les plantes. 1880 À Londres, Charles Darwin découvre que l’apex racinaire est le siège de la perception de la pesanteur par la racine 1926 Le Néerlandais Frits Warmolt Went isole la première hormone végétale : l’auxine, hormone de croissance indispensable au développement des plantes. 

1935 Le botaniste anglais Arthur George Tansley invente le concept d’écosystème en analysant la vie d’une communauté végétale. 1970 Le botaniste français Francis Hallé, et le Néerlandais Roelof A. A. Oldeman décrivent différents modèles d’architecture arborescente. 1983 Aux États-Unis, Jack Schultz et Ian Baldwin démontrent l’existence d’une communication entre les arbres. 2012 Des chercheurs australiens observent que les plants de maïs sont sensibles aux fréquences de l’ordre de 220 Hz, proches de celles émises par leurs propres racines. Aux États-Unis, Abigail L. S. Swann observe que le développement de forêts dans les régions nordaméricaine et eurasienne a des effets climatiques importants dans des régions aussi éloignées que celles des tropiques, montrant ainsi l’interconnexion des forêts et du climat à l’échelle de la planète

Francis Hallé recense une centaine d’espèces d’arbres qui ont des comportements proches de la « timidité ». Selon ce phénomène d’allélopathie, ils maintiennent entre eux une distance qui pourrait être un moyen de laisser passer la lumière et d’éviter les maladies contagieuses. 2009 À Florence, Stefano Mancuso établit que les potentiels d’action produits dans l’apex des racines sont comparables à ceux produits par notre cerveau. 2008 Selon le japonais Yoshiharu Saito, les arbres pourraient percevoir les tremblements de terre à l’avance. 2006 Les Russes Anastassia Makarieva et Victor Gorshkov émettent l’hypothèse selon laquelle les forêts, en créant une pression atmosphérique faible, permettent à l’air humide de se déplacer et participent à générer des précipitations. 2000 Publication de la première séquence complète du génome d’une plante. Celle d’un arbre est publiée six ans plus tard. 1990 En Afrique du Sud, Wouter van Hoven démontre comment un acacia attaqué par des herbivores devient toxique en vingt secondes, et émet un gaz qui avertit les autres acacias du danger. 2014 En Suisse, le CERN prouve que les arbres jouent un rôle dans l’apparition des nuages. La même année, Monica Gagliano, Michael Renton, Martial Depczynski et Stefano Mancuso exposent pour la première fois la faculté des plantes à apprendre et à mémoriser. 

2015 Des scientifiques du monde entier estiment le nombre total d’arbres présents sur Terre à trois mille milliards. L’expérience d’une complicité quotidienne avec les arbres constitue l’inspiration première des artistes brésiliens et paraguayens réunis dans cette salle, où se déploie une forêt d’arbres observés, admirés ou rêvés. Réunissant peintures, monotypes et une table-herbier, l’artiste Luiz Zerbini (Brésil) orchestre dans son oeuvre la rencontre imaginaire entre la flore amazonienne luxuriante et les signes de la modernité urbaine brésilienne. Attentif aux structures complexes, aux couleurs vives des plantes et à la manière dont elles se développent, l’artiste compose ses toiles selon une stricte grille géométrique et révèle la richesse graphique du monde végétal, donnant ainsi « la sensation d’être dans la peinture comme si on se trouvait au milieu d’une forêt ». 

Au temps long de la création d’une peinture comme de la croissance d’un arbre, Luiz Zerbini oppose le procédé soudain à l’origine des monotypes : des impressions directes de feuilles, de fleurs et de branches qu’il assemble spontanément. Au centre de la salle, une table-herbier pensée par l’artiste comme une peinture en trois dimensions mêle différents spécimens végétaux, soigneusement choisis pour leurs qualités esthétiques et glanés au gré de ses promenades. À cette forêt urbaine entre rêve et réalité, répondent les dessins de trois artistes yanomami de l’Amazonie brésilienne : Kalepi, Joseca et Ehuana Yaira . Ces « habitants de la forêt » sont un des peuples autochtones dont il est aujourd’hui important d’écouter la voix et de reconnaître les savoirs. Représentant les arbres qui les entourent et dont ils utilisent les fruits, les feuilles et l’écorce pour se nourrir, se soigner ou accomplir des rites chamaniques, ils évoquent dans leurs dessins une « forêtmonde » peuplée d’une multitude d’êtres visibles (hommes, animaux et végétaux) ou invisibles (entités maléfiques et esprits chamaniques). L’intimité de cette cosmologie animiste se retrouve dans les oeuvres des artistes nivaclé et guaraní du Paraguay tels que Jorge Carema, Esteban Klassen, Efacio Álvarez, Marcos Ortiz ou encore Clemente Juliuz Ces artistes vivent dans la région du Gran Chaco (Paraguay), qui subit aujourd’hui une déforestation sans précédent. Ils se souviennent dans leurs dessins de la forêt qui constituait autrefois l’habitat naturel de nombreuses espèces animales (jaguars, pécaris, hérons, etc.) mais aussi la source de subsistance des peuples qui l’habitent : la cueillette des cosses de Prosopis, la récolte du miel dans le Palo blanco (arbre-bouteille typique de la région) et la chasse. Au-delà de leur valeur esthétique, ces oeuvres témoignent de l’attachement de leurs auteurs à la forêt et des interactions entre êtres humains et non-humains qui y existent encore. L’équilibre de cette cohabitation et de ces échanges, dont dépend la survie des peuples Nivaclé, Guaraní et Yanomami et de leurs cultures, est aujourd’hui gravement menacé. 

Luiz Zerbini Nous les Arbres Fondation Cartier 2019 photo VB
Luiz Zerbini Nous les Arbres Fondation Cartier 2019©VB
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