Jason Charles Beck alias Gonzo pianiste hautement fantaisiste de son état

Oui , Chilly Gonzales n’est pas son vrai nom , mais peu importe , la touche exotique  lui sied très bien , au moins autant que les charentaises qui accompagnent sa robe de chambre , la tenue que le virtuose a choisie pour habiller ses prestations publiques . Le pianiste canadien , auteur-compositeur ,  né le 20 mars 1972 à Montréal , est classé par Wikipédia dans la catégorie Pop musique , deux incongruités en une seule définition car , décidément , le personnage est inclassable et le ranger dans la catégorie Pop est vraiment trop réducteur. 

Le mieux pour cerner le musicien show-man est de consulter son site officiel : Chilly quitte son Quebec natal pour Berlin en 1999, il cause d’ailleurs très bien allemand ce qui lui vaut la sympathie sans retenue du public massé dans la salle du Burghof hier soir. Il commet un premier single , Let’s Groove again , immédiatement hissé au stade de hit des dance floor.

Chilly Gonzales est une rock star , ça hurle sèrieux dans la salle !

Oui , on s’attendrait à entendre un Je t’aime ennamouré au bord de l’évanouissement   mais nous sommes en Allemagne tout de même . Gonzo est un gars convivial , il invite presque toujours les amis sur ses albums ou lors de ses apparitions publiques  avec lesquels il tente des expèriences musicales inédites accrocheuses dès 2003 : Peaches , Feist( Let it die Juno Award 2005 et 2006) , Daft Punk , Björk, Placebo , Drake, Philippe Katerine , Jane Birkin… Gonzo a même accompagné Iggy Pop ( à la batterie !) . Il est l’homme des superlatifs . Il est  par exemple responsable du plus long concert solo en 2009, soit 27h3m44s pour 300 morceaux différents , dans le cadre d’un concert marathon au Théâtre Ciné 13 du réalisateur Claude Lelouch à Paris, (lui-même auteur du film sur la traversée de Paris en moto la plus rapide, on s’en souvient, ça n’a rien à voir à part l’exploit unique et inutile ) . Le nombre record de 85000 personnes du monde en ont suivi la retransmission en direct sur le web .  

Chilly Gonzales humaniste musical : du travail jaillissent toutes les musiques , de l’attention que l’on porte au public le plaisir de jouer 

Chilly Gonzales – qui n’est pas du tout latino puisqu’il est d’origine juive hongroise – est  tout aussi convaincant en qualité de pianiste que slameur ou rappeur , parfois , on pense à Klaus Nomi , à cause de cette voix sans doute qui pourrait bien faire la BO des animations de Tim Burton genre Etrange Noël de Mister Jack . Gonzo fait des envolées lyriques à propos des metronômes , de Bach et de Lörrach , là où devait bien sur le conduire 20 années de carrière après Berlin , Paris , Tokyo… Le fou causant ( cause beaucoup ) livre au Burghof une première partie chopinisque des plus classiques voire intimidante , on est un peu en attente de l’autre Chilly , celui qui nous rappelle le Mozart totalement déjanté de Milos Forman , celui qui s’auto-interrompt  pour des digressions à rallonge , bien à propos ou pas , c’est selon. Ne vous fiez pas à cette exentricité réjouie qui semble rythmée par des incursions improvisées , Monsieur Gonzo est un génie et seuls les génies peuvent s’autoriser de telles divagations pour retomber excactement là où ils l’ont prévu.

Chilly Gonzales a crée le Gonzervatory, un conservatoire éphémère où il enseigne son point de vue de musicien heureux : se préparer sèrieusement , intensément , pour laisser ensuite l’instinct prendre le relais . Une discipline dont le résultat en terme de musique a contribué à le comparer à Erik Satie.

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