Cow Ballet d'Alexander Ekman Première suisse Musique de Mikael Karlsson avec les danseurs du Ballet du Théâtre de Bâle

Frank Fannar Pedersen Cow Alexander Ekman photo Lucia Hunziker
Frank Fannar Pedersen Cow Alexander Ekman © Lucia Hunziker

Alexander Ekman : fantaisie dansante sur le thème  » on aurait dit que je serais une vache «  

« Si nous ne nous repentons pas et ne devenons pas comme des vaches, nous n’entrerons pas dans le royaume des cieux », écrit le philosophe Friedrich Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra . Le chorégraphe Alexander Ekman a trouvé cela à la fois drôle et mémorable, puis il a créé un ballet dont le motif est simplement la vache. « Cow » est une soirée dansante en onze scènes qu’il a créée en 2016 pour l’ensemble de ballet du Semperoper Dresden et adaptée pour les danseurs du Ballett Theater Basel.

Avec « Cow », Ekman met en scène une pièce intégrale sans action ni récit. Telle une installation en mouvement, dans laquelle même la technique scénique, y compris les vaches volantes, est chorégraphiée avec virtuosité, la pièce d’Ekman offre des moments visuels surprenants, un timing parfait et offre au public une joie débridée et pure du mouvement. Après « Flockwork » et « Cacti » d’Alexander Ekman,  le Suédois apporte une fois de plus un vent nordique frais et libérateur sur la grande scène.

La planète des vaches : contemplatives , lascives , en toute quiètude ignorantes de leur funeste avenir Que dit le chorégraphe de sa création ? 

Au lieu d’une histoire, il y a un motif : la vache. Toi , danseur , tu vas essayer d’être une vache , de te sentir comme une vache ou de penser comme une vache. Attention , ton sentiment majeur sera surement de faire quelque chose de vraiment idiot. Alexander Ekman a testé lui-même entrer dans la peau d’une vache , une épreuve inédite effectuée à quatre pattes en traversant le Semperoper Dresden en plein jour au vu et au su de tous . Un truc à vous sentir absolument stupide. Mais la vraie question est de savoir où se cache vraiment la folie : ne serait-ce pas chez l’autre , celui qui regarde sans réagir d’aucune manière ? A Bâle , Frank Fannar Pedersen revêt l’habit bovin sur scène après avoir déambulé tranquillement dans les couloirs du théâtre sans doute pour tester sa résistance au sentiment de ridicule . Bien que , parfois , la vache tienne plutôt du chat , la prouesse du danseur nous force à adhérer , notamment lorsque celui-ci se jette lourdement au sol figurant l’idéal positionnement choisi par l’animal . Tout à fait crédible ! 

La vache nous observe sans la moindre émotion nous agiter vainement en tous sens comme ce couple qui se dispute et se réconcilie dans une jolie mise en scène figurant un dîner houleux pendant que l’un des personnages se jette à répétition contre un mur , l’oeil fixé sur un ailleurs à risque , oubliant de donner de l’importance au présent pourtant devant son nez. L’idée est celle-ci : nous, les humains, nous plaçons dans un tel stress permanent que nous rendons notre vie absurde . Les tableaux qui se succèdent  s’emploient à ménager notre surprise ,  nous y croisons des bushmens , des femmes – sabots, de merveilleux derviche-tourneurs, le tout dans un chaos soigneusement orchestré , une pure splendeur !  … Tandis qu’une vache – blanche , limousine donc sur le plateau – se concentre simplement sur l’essentiel : être vivante, manger de l’herbe ou , au comble du trouble existentiel, courir là-bas où ça a l’air mieux …

« Cow » est aussi le résultat d’un merveilleux travail d’équipe , précise Alexander Ekman. Notamment , avec  le compositeur Mikael Karlsson , une huitième collaboration qui implique un langage artistique commun : un mélange d’humour, de beauté et de drame, une combinaison personnelle de quelque chose de mélodique avec des éléments de la musique folklorique suédoise, on y entend même une fanfare à la Nouvelle-Orléans. Le chorégraphe et le compositeur ont trouvé  ensemble comment illustrer l’idée de trouver la joie ou quelque chose de festif dans toutes les choses de la vie. D’une manière ou d’une autre, c’est même devenu un peu le contenu de toute la pièce.L’expérience est similaire avec T. M. Rives, l’artiste vidéo, et Henrik Vibskov, le costumier – vraiment extraordinaire , certains tableaux chargés de poesie rappellent les joyeux spectacles de Jean-Paul Goude –

Ce que nous devrions savoir de nos amies les vaches :

 les bovins sont la plus grande espèce de grands mammifères de l’histoire de la Terre – 1,3 milliard de spécimens vivent actuellement dans le monde. Un quart du continent en est consommateur . L’aleph, première lettre de l’alphabet hébreu, représente la tête stylisée d’une vache. Le petit alpha grec, à partir duquel notre alphabet a été développé, rappelle également la vue de face d’une vache tournée de 90 degrés. Il y a des vaches sacrées en Inde mais les anciens Egyptiens croyaient aussi que le firmament était l’abdomen d’une vache puissante. Bertolt Brecht est probablement le seul poète à avoir écrit un sonnet sur une vache qui bouffe (« Kuh beim Fressen » des « Augsburger Sonetten »). Les vaches sont parmi les pires pollueurs. Comme ils perdent un petit rot toutes les quarante secondes environ et qu’ils émettent ainsi jusqu’à deux cents litres de méthane par jour, ils sont massivement impliqués dans le réchauffement de l’atmosphère. Selon une étude de l’Université du Wisconsin-Madison, la production laitière des vaches exposées à la musique classique augmente de 7,5 Les vaches ont aussi le mal du pays. les Grecs de l’Antiquité considéraient encore le regard de la vache comme un idéal de beauté. Voir les magnifiques battements de cil de la vache d’Aubrac pour s’en persuader !

ALEXANDER EKMAN Chorégraphie, scène et éclairage

Né en Suède, Alexander Ekman a dansé avec le Royal Swedish Ballet, le Cullberg Ballet et le Nederlands Dans Theater NDT 2 avant de terminer sa carrière de danseur en 2006 pour se consacrer entièrement à la chorégraphie. En 2006, Ekman a réalisé sa percée internationale avec « Flockwork » pour NDT 2. Le Ballet Theater Basel a dansé cette pièce dans le cadre de la soirée de ballet « Absolut Dansa » en 2013, suivie d’œuvres pour la Compañía Nacional de Danza, le Gothenburg Ballet, le Bern Ballet, le Ballet de l’Opéra national du Rhin, le Cedar Lake Contemporary Ballet, le Staatstheater am Gärtnerplatz et le Boston Ballet. Alexander Ekman a créé sa première œuvre complète en 2011 avec « Ekman’s Triptyque » pour le Ballet Cullberg. La même année, il travaille comme professeur et chorégraphe à la Juilliard School de New York avant de devenir chorégraphe associé au Nederlands Dans Theater de 2011 à 2013. En 2010, Ekman y a remporté un succès mondial avec « Cacti », qui a remporté de nombreux prix tels que le Prix Olivier (2012) et le Prix Helpman (2013). Le Ballett Theater Basel a également présenté « Cacti »  en 2016. Ekman a également créé le film de danse « 40 mètres sous terre » pour et avec le Ballet Cullberg en 2009.

Pour  « Cow » , Ekman a reçu le Prix allemand du théâtre DER FAUST. En 2017, Alexander Ekman chorégraphie un autre ballet intégral intitulé « Play » pour le ballet de l’Opéra de Paris. Sa dernière œuvre, « Escapist », a été créée en avril 2019 au Royal Swedish Ballet à Stockholm.

HENRIK VIBSKOV Costumes 

Le Danois Henrik Vibskov est l’un des designers scandinaves les plus célèbres, qui vend  sa propre marque de mode. Depuis son diplôme de Central Saint Martins à Londres en 2001, Henrik Vibskov a créé près de trente collections pour hommes et femmes,  vendues dans le monde entier ainsi que dans ses propres boutiques à Copenhague et New York. Le créateur est le seul créateur scandinave à figurer sur la liste officielle de la Semaine de la mode masculine à Paris. Ses créations ont remporté de nombreux prix, dont le prix Söderberg 2011 – la plus haute distinction du monde en design. En plus de son travail de créateur de mode, Vibskov est aussi batteur pour le groupe Trentenmøller et son propre projet « Mountain Yorokobu » publié chez Fake Diamond Records. De plus, il présente son art polyvalent dans des musées renommés tels que le MoMA à New York, le Palais de Tokyo à Paris, l’Institute of Contemporary Arts ICA à Londres, le Kiyomizudera Temple à Kyoto ou le Textile Museum à Londres .

Prochaines représentations de Cow :

Décembre 2019 : 1/7/13/15

Janvier 2020: 20/28

Février 2020 : 9/15/21/29

Mars 2020 : 22

Théâtre de Bâle

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