Wim Wenders sam Keller Ulf Küster exposition Edward Hopper Fondation Beyeler 2020 ©VB
Wim Wenders sam Keller Ulf Küster exposition Edward Hopper Fondation Beyeler 2020 ©VB

L’Amérique d’Edward Hopper à la Fondation Beyeler 
26 janvier – 17 mai 2020
 

 Deux ou trois choses que j’avais en  mémoire et dans l’oeil à propos d’Edward Hopper 

L’expression sublime de la solitude  évoquée par la station service en Amérique , en plein jour , au crépuscule ou n’importe quand dans la journée ,  au milieu de rien , le long d’une route déserte au Texas , au Nevada ou en Arizona .  ( Gas 1940 MoMa NY , Portrait of Orleans 1950 Fine Art Museum of San Francisco ).La station service fait toujours office de symbole parfait pour illustrer l’abandon , l’ennui . Le plus souvent , l’ambiance est glauque  , inquiétante  ou simplement mélancolique comme chez Hopper . Me sont revenus en tête le Bagdad Café de Percy Adlon , Jack Nicholson laissé pour compte dans the Pledge chez Sean Penn ou le Paris Texas de Wim Wenders bien sur et la quête désespérée de Travis Henderson .  Ensuite , la lumière filtrante par la fenêtre – presque omniprésente dans les toiles comme une échappatoire indispensable -, qui tombe quelque part en se faufilant entre les ombres portées pour mieux mobiliser le regard . Parfois sur les visages de personnages qui semblent toujours en attente postés devant des maisons à bow- windows typiques ( Cape Cod Morning 1950 ). Et puis , il y a la nature chère à Hopper , des paysages verdoyants focalisant sur des bâtisses parfaitement architecturées (Route 6 , Eastham, 1941 ), poteaux télégraphiques plutôt vilains compris mais qui signalent une vie . Et puis , la forêt , sombre , à la fois hostile et familière mais donnant l’impression intense d’ une possible fuite( Gas 1940 ) . On s’étonne que le thème des paysages  n’ait jamais fait l’objet d’une exposition à part entière tant il a occupé le travail de l’artiste américain, nous l’avons rêvé , la Fondation Beyeler l’a donc fait ! L’exposition mise en place à la Fondation est aussi l’occasion de découvrir les dessins et aquarelles de Hopper, le plus souvent réalisés lors de leurs périples en voiture de leur siège-même, moins connues que ses iconiques peintures à l’huile. C’est par ailleurs la première fois qu’une exposition est consacrée à Edward Hopper en Suisse alémanique. L’exposition réunit 65 œuvres datant des années 1909 à 1965. Elle est organisée par la Fondation Beyeler en coopération avec le Whitney Museum of American Art, New York, dépositaire de la plus importante collection au monde d’œuvres d’Edward Hopper.

Mais qu’importe le décor pourvu qu’on y trouve du coeur :  » je veux peindre l’âme humaine  » clame  Edward Hopper . Dont acte ! 

Car il ne suffit pas de bien peindre une forêt ou une femme fumant lascivement une cigarette, encore faut-il qu’il en émane de l’émotion, fut-elle proche de la mélancolie .  Edward Hopper (1882–1967) sait faire , lui qui s’efforce de transcrire la plus exacte possible de ses impressions les plus intimes de la nature ( Notes on Painting 1933 ). Edward Hopper a inventé son Amérique  en instillant subtilement son ressenti personnel , un malaise , une forme de désillusion qui pourrait venir du contraste puissant entre la perfection du décor environnant et la lassitude apparente de ses modèles qui semblent n’attendre rien de particulier . N’est-ce pas là la définition même de la mélancolie : l’absence de désir , de projet , l’indifférence face à ce qui pourrait se produire , un désintérêt qui tient de la résignation  alors que le motif de la toile apparaît parfois comme celui d’un drame annoncé ?  Tout cela paraît bien abstrait mais il n’en est rien : Hopper n’invente pas un monde fantastique , il donne à voir la reproduction du monde qui l’entoure grâce au monde qui est en lui sans pour autant divulguer le secret de son oeuvre aboutie, point de vue partagé avec le grand Goethe auquel il portait forte admiration. Edward Hopper était prodigieusement lettré . dans ses tableaux , on voit d’ailleurs souvent des gens qui lisent, qui se trouvent donc dans un monde auquel les autres n’ont pas accès.

Edward Hopper aimait le cinéma qui le lui a bien rendu à l’instar de Wim Wenders a produit pour l’exposition le film Two or three Things i know about Edward Hopper

L’univers de Hopper est tellement photogénique et  le plus souvent dramaturgique  qu’il renvoie tout naturellement à celui du cinéma . Ainsi , lorsqu’il peint House by the railroad en 1925 devient-il la référence pour Hitchcock à la recherche de l’idéale demeure de son héros Norman Bates en 1960 ou de Woody Allen dans Manhattan ou Wim Wenders pour Don’t come  knocking ou encore David Lynch et sa glauque atmosphère dans Mullholland Drive ou Twin Peaks .  Le cinéaste allemand  Wim Wenders a  réalisé spécialement pour cette exposition un court-métrage 3D exceptionnel intitulé Two or Three Things I Know about Edward Hopper, une oeuvre proprement fantastique qui projette le spectateur au coeur des tableaux de Hopper . Le réalisateur a reproduit scrupuleusement des scènes telles que celle de Summer Evening  ou Gas  avec un réalisme encore accentué par la 3D . Interrogeant Wim Wenders sur la provenance des fameuses pompes à essence utilisées pour cette scène , celui-ci me donne cette réponse : c’est ce qui nous a  couté le plus cher et a été le plus difficile ! Ce ne sont pas des copies , nous les avons louées à différents collectionneurs . Wim Wenders est bien le perfectionniste que nous soupçonnions . Ce film constitue l’hommage personnel de Wim Wenders à Edward Hopper, qui l’a marqué durablement et a influencé son œuvre cinématographique. Wenders a parcouru les États-Unis en quête de l’«esprit» de Hopper, condensant les prises ainsi obtenues en un film, dont la première a eu lieu lors du vernissage de l’exposition. Wim Wenders précise que le film n’aurait certainement pas existé sans l’exposition de la Fondation Beyeler. Quelle joie de rencontrer Wim Wenders  et de pouvoir échanger quelques mots avec l’un des plus notables maîtres es cinéma du XXème siècle ! C’est ainsi que , dans un accès de hardiesse qui ne m’est certes pas coutumier, nous voila , mon époux  et moi-même à raconter au grand Wim Wenders notre rencontre – autographe pour preuve- quelques 20 années plus tôt au Cinéma Max Linder à Paris à l’occasion de la sortie de One Million dollar Hotel , BO U2 en sa présence et accompagné de Bono , dont nous sommes restés fans pour l’éternité à venir . Autant dire que ce moment est à jamais gravé dans notre mémoire – pas obligatoirement réciproque mais ça ne nous fâche pas – d’autant que nous étions donc presque trois si je compte notre futur fils bien au chaud pour encore 3 mois . Pardon pour cette digression d’ordre privé.

Edward Hopper Le témoin silencieux à la Fondation Beyeler

L’idée de cette exposition a germé lorsque Cape Ann Granite, peinture de paysage d’Edward Hopper datant de l’année 1928, a intégré la collection de la Fondation Beyeler en tant que prêt permanent. L’œuvre a fait partie des décennies durant de la célèbre collection Rockefeller et date d’une époque à laquelle Hopper fait l’objet d’une attention croissante de la part de la critique, des commissaires d’exposition et du public. En 1929, il est notamment invité à participer à la deuxième exposition du Museum of Modern Art de New York intitulée Paintings by Nineteen Living Americans.

Edward Hopper est né à Nyack, New York. Après une formation en tant qu’illustrateur, il étudie la peinture à la New York School of Art jusqu’en 1906. Outre la littérature allemande, française et russe, ce sont surtout des peintres comme Diego Velázquez, Francisco de Goya, Gustave Courbet et Édouard Manet qui fournissent des points de repère importants au jeune artiste. Bien que Hopper ait longtemps travaillé principalement en tant qu’illustrateur, sa célébrité repose surtout sur ses peintures à l’huile, qui témoignent de son intérêt profond pour la couleur et de sa virtuosité dans la représentation de l’ombre et de la lumière. Hopper a en outre su développer à partir de ses observations une esthétique dont l’influence se fait sentir non seulement en peinture mais aussi dans la culture populaire, la photographie et le cinéma. Hopper a contribué de manière significative à établir la notion d’une Amérique mélancolique, marquée aussi par les faces sombres du progrès – un espace immense et sans limites, grandement popularisé en particulier par sa reprise et son développement au cinéma dans des œuvres telles La Mort aux trousses d’Alfred Hitchcock (1959), Paris, Texas de Wim Wenders (1984) ou Danse avec les loups de Kevin Costner (1990).

FONDATION BEYELER

Edward Hopper Lighthouse Hill 1927 Fondation Beyeler 2020 ©VB
Edward Hopper Lighthouse Hill 1927 Fondation Beyeler 2020 ©VB

Programmation associée à l’exposition « Edward Hopper »

 Two or Three Things I Know about Edward Hopper, court métrage en 3D de Wim Wenders (Paris, Texas; Les Ailes du désir; Don’t Come Knocking). Inspirées par l’« âme de l’Amérique » telle que véhiculée par Edward Hopper, ces prises sont l’objet d’une spectaculaire projection 3D.

Mercredi 29 janvier 18h30-19h30
Visite guidée par le conservateur – en allemand

Découvrir « Edward Hopper » à travers les yeux d’un responsable d’exposition ? C’est enfin possible sous la houlette du conservateur Ulf Küster. La visite portera non seulement sur la conception, l’organisation et la planification de l’exposition, mais également sur l’artiste en question, son époque, le contexte autour de la réalisation de ses œuvres ainsi que la signification de ces dernières.

Mardi 11 février 18h30
Conservation avec Wim Wenders

Christian Jungen, directeur artistique du festival du cinéma de Zurich, s’entretiendra avec Wim Wenders. La manifestation est comprise dans le billet d’entrée du musée.


Mercredi 11 mars 18h30-20h
Conférence avec David Lubin

« Hopper and the Movies: A Two-Way Exchange » David Lubin, historien de l’art et expert du 7e art, dissertera sur l’œuvre de Edward Hopper.L’événement se déroulera en anglais. La manifestation est comprise dans le billet d’entrée du musée.

Dimanche 22 mars
Directors’ Movie with films by Wim Wenders & Wes Anderson à Zurich

La Fondation Beyeler projettera, en collaboration avec le Zurich Film Festival, des longs métrages de deux réalisateurs exceptionnels. Venez admirer des chefs d’œuvre cinématographiques de Wim Wenders et de Wes Anderson.


Lundi 23 mars
Directors’ Movie Night & Talk with Wim Wenders & Wes Anderson à Zurich

A Zurich, la Fondation Beyeler projettera le court métrage en 3D de Wim Wenders Two or Three Things I Know about Edward Hopper (2020), réalisé en exclusivité pour l’exposition Edward Hopper à la Fondation Beyeler à Riehen, ainsi qu’un court métrage de Wes Anderson, tenu secret pour l’heure. Ces projections seront suivies d’une discussion entre les deux réalisateurs et Christian Jungen, responsable artistique du Zurich Film Festival.

Mercredi 1er avril 18h30
Conférence de Didier Ottinger « Les fantômes de Hopper »

Didier Ottinger, conservateur au Centre Pompidou et curateur d’un grand nombre d’expositions internationales sur l’art du XXe siècle, se consacrera aux conflits entre réalisme et fantastique dans l’œuvre d’Edward Hopper. En collaboration avec l’alliance française de Bâle et la Société d’études françaises de Bâle. 

Catalogue : Edward Hopper A Fresh Look at Landscapes Ed. Ulf Küster for Fondation Beyeler, Riehen / Basel, texts by Erika Doss, Ulf Küster, David Lubin, Katharina Rüppell, graphic design by Richard Pandiscio

 the ABCs of Hopper’s life and work, from the “American landscape” to “Buick” up to the key word “zero.” Ulf Küster 

Film : TWO OR THREE THINGS I KNOW ABOUT EDWARD HOPPER 2020 Installation 3D de 14 minutes

Brève déclaration de Wim Wenders 

Lorsque la Fondation Beyeler m’a invité à contribuer à son exposition HOPPER, j’étais très reconnaissant. J’ai déjà vu de nombreuses expositions dans ce merveilleux musée, mais celle-ci me tient particulièrement à cœur. Ma découverte du grand peintre américain Edward Hopper a été pour moi une importante source d’inspiration. C’était dans les années 70, lorsqu’il était encore quasiment inconnu en Europe. Son affinité avec le cinéma est sans pareille, tant dans ses thèmes – le paysage américain ou la vulnérabilité existentielle de l’homme au 20ème siècle – que dans sa lumière et ses cadrages. Hopper allait très fréquemment au cinéma, souvent tous les jours pendant des semaines, surtout lorsqu’il ne savait plus quoi peindre, comme le rapportait un ami. Mon installation en 3D Two or Three Things I Know about Edward Hopper traite précisément de cette circularité – un peintre est impressionné par des films et peint des images qui influencent à leur tour les cinéastes. J’ai voulu permettre au spectateur de plonger dans l’univers de Hopper, créateur d’images emblématiques et raconteur d’histoires et de destins.

Wim Wenders (*1945) a accédé à la renommée internationale en tant que pionnier du nouveau cinéma allemand des années 1970 et compte parmi les représentants les plus célèbres du cinéma contemporain allemand. Outre des longs-métrages maintes fois récompensés tels ALICE DANS LES VILLES (1973), PARIS, TEXAS (1984) ou LES AILES DU DESIR (1987), son œuvre de scénariste, metteur en scène, producteur, photographe et auteur comprend également de nombreux films documentaires novateurs tels PINA ou actuellement LE PAPE FRANÇOIS : UN HOMME DE PAROLE, des expositions photographiques internationales et de nombreux livres de photographies, ouvrages sur le cinéma et recueils de textes. Il vit et travaille à Berlin avec son épouse Donata Wenders. En 2012, le couple a créé la Wim Wenders Stiftung à Düsseldorf. La fondation a pour but de promouvoir l’art et la culture, d’une part par la diffusion, la préservation et la conservation de l’œuvre de Wim Wenders et d’autre part par le soutien de jeunes talents dans le domaine du récit cinématographique innovant.

Biographie Edward Hopper 

1882-1898 : Origine et famille
Edward Hopper est né le 22 juillet 1882 à Nyack, dans l’État de New York, une petite ville de construction navale sur la Hudson River. Il grandit dans une famille de la bourgeoisie cultivée qui fait partie de la communauté baptiste de l’endroit. Son père, Garrett Henry Hopper, éveille son intérêt pour la littérature anglaise, française, russe et allemande. Sa mère, Elizabeth Griffiths Smith Hopper, encourage Edward et sa grande sœur Marion Louise dans leurs penchants artistiques.

Dès l’âge de 5 ans, Edward Hopper manifeste un grand talent de dessinateur, qu’il cultivera pendant sa scolarité. Une de ses premières peintures à l’huile, réalisée en 1898, représente un voilier ; elle témoigne de la fascination que le peintre éprouvera toute sa vie pour la mer, et du désir qu’il avait alors de se tourner vers une carrière d’ingénieur naval.

1899-1905 : Formation artistique
À l’issue de sa scolarité à la Nyack High School, Hopper s’engage dans des études artistiques. Sa famille trouvant hasardeux de viser à devenir peintre professionnel, il s’inscrit en 1899 à la Correspondence School of Illustrating, à New York, pour un cours de graphisme publicitaire.

Un an plus tard, il intègre la New York School of Art. Il y étudie d’abord le dessin publicitaire avec Frank Vincent DuMond et Arthur I. Keller. À partir de 1901 il fréquente la classe de peinture de William Merritt Chase, Robert Henri et Kenneth Hayes Miller. En 1903, une bourse récompense ses capacités en dessin sur modèle, et il obtient également le prix de peinture. L’établissement lui confie en 1904 les cours du week-end pour le dessin sur modèle, l’esquisse, la peinture et la composition.

1905-1925 : Activité d’illustrateur et de graphiste publicitaire
Pour gagner sa vie, Hopper travaille pendant des années comme illustrateur et graphiste indépendant pour des agences de publicité new yorkaises . Cette activité ne lui apporte guère de satisfactions. Néanmoins, ses réalisations publicitaires exploitent souvent des motifs — bateaux, trains, salles de cinéma — qui apparaissent aussi dans sa production personnelle, que ce soit dans ses dessins, ses gravures, ses aquarelles ou ses peintures à l’huile.

1906-1910 : Voyages à Paris et installation à New York
Au mois d’octobre 1906, Hopper part pour dix mois en Europe. Il séjourne longuement à Paris, où il est fasciné par la ville et ses habitants. En dehors de ses contacts avec son ancien condisciple Patrick Henry Bruce, qui se trouve également dans la capitale française à ce moment-là . Il visite cependant de nombreuses expositions, où il voit notamment des œuvres de Gustave Courbet, Paul Cézanne, Albert Marquet, Alfred Sisley, Pierre-Auguste Renoir et Camille Pissarro. Il passe le plus clair de son temps à peindre et à dessiner des scènes de la rue, sur les bords de la Seine, dans un style influencé par les impressionnistes. Il visite également Londres, Amsterdam, Berlin et Bruxelles, avant de rejoindre New York à partir de Paris en 1907.

En 1908, Hopper quitte définitivement Nyack pour New York. À l’âge de 26 ans, il participe à sa première exposition collective, Exhibition of Paintings and Drawings by Contemporary American Artists, organisée à New York par d’anciens élèves de Henri. Il y présente trois peintures à l’huile exécutées en 1907, pendant son séjour parisien. Aucune ne sera achetée, ni commentée par la presse.

Ses revenus de graphiste lui permettent d’entreprendre deux autres voyages en Europe. De mars à juillet 1909, il se trouve de nouveau à Paris, où il aborde déjà le thème du paysage par le dessin et la peinture — comme par exemple dans Valley of the Seine (cat., p. 23) —, découvre les possibilités expressives des jeux de lumière et d’ombre et déploie, par exemple dans Le Bistrot (cat., p. 24), un langage formel nettement plus rigoureux et plus concis que dans les compositions encore très libres de 1907.

En 1910, Edward Hopper loue un atelier au 53 East 59th Street. Il reste le plus souvent seul, lit beaucoup et va souvent au cinéma. En avril, il participe à l’exposition organisée par John Sloan et Robert Henri, Exhibition of Independant Artists, où il présente une peinture à l’huile, Le Louvre et la Seine (1907). Le tableau ne trouve pas acquéreur.Son troisième et dernier voyage en Europe le conduit, de mai jusqu’au début juillet, d’abord à Paris, puis en Espagne.

1912-1914 : Nouveaux thèmes — séjours dans le Maine et le Massachusetts
Edward Hopper passe l’été 1912 avec son condisciple Leon Kroll à Gloucester, dans le Massachusetts. Il retournera régulièrement dans le Maine et le Massachusetts pendant les mois d’été des années suivantes.Après avoir participé sans succès à plusieurs expositions, Hopper parvient à vendre sa peinture à l’huile Sailing (1911) dans le cadre de l’Armory Show de New York (International Exhibition of Modern Art). Il ne vendra pas d’autres toiles pendant les dix prochaines années.

À l’automne, Garret, le père d’Edward Hopper, meurt à Nyack. Au mois de décembre, le peintre s’installe au 3 Washington Square North à New York, où il vivra et travaillera jusqu’à la fin de ses jours. L’immeuble est situé dans un quartier fréquenté par les artistes, les écrivains et les intellectuels. Hopper mène cependant une vie très retirée. Il commence à tenir une stricte comptabilité de ses tableaux, de ses ventes et autres rentrées d’argent, joignant systématiquement un croquis de l’œuvre correspondante.

Hopper passe l’été 1914 à Ogunquit, dans le Maine. Plusieurs vues de la côte rocheuse voient le jour, où se manifeste l’intérêt de l’artiste pour les effets de couleurs et pour la représentation de l’ombre et de la lumière. L’un des tableaux peints dans cet environnement, Road in Maine (cat., p. 27), est exposé dans la Montross Gallery, à New York : c’est la première œuvre de l’artiste présentée dans une galerie commerciale. Cette année-là, il tire une partie de ses revenus d’une commande de la US Printing & Litho Co., pour laquelle il conçoit des affiches de films.

1915-1923 : Succès en tant que graveur et premières aquarelles de paysages
En 1915, Hopper apprend la technique de la gravure. Il réalisera dans les années suivantes plus de cinquante planches, grâce auxquelles il se fait progressivement un nom dans le monde de l’art. En février, il expose dans le MacDowell Club ses tableaux New York Corner (1913) et Soir bleu (1914). Sa production fait pour la première fois, à cette occasion, l’objet de comptes rendus critiques. 

En 1916, Hopper s’achète une presse d’imprimeur. En 1918, il gagne le premier prix de la United States Shipping Board Emergency Fleet Corporation pour son affiche Smash the Hun, dont le thème est dans l’esprit du temps et qui suscite un grand intérêt. Guy Pène du Bois, un ami de Hopper depuis l’école d’art, publie un article sur les gravures exposées dans le MacDowell Club. Il écrira désormais régulièrement sur le travail de Hopper et contribuera ainsi de manière décisive à sa notoriété croissante.

Par l’intermédiaire de Pène du Bois, Hopper devient membre du Whitney Studio Club, fondé par Gertrude Vanderbilt Whitney et Juliana Force, et qui compte à cette époque parmi les centres culturels les plus actifs du pays. Les acquisitions d’art contemporain réalisées par Whitney et Force constitueront le fonds principal du Whitney Museum of American Art, qui ouvrira ses portes en 1931.

En 1920, le Whitney Studio de New York organise la première exposition personnelle d’Edward Hopper, alors âgé de 37 ans. Y sont présentées des œuvres graphiques, des aquarelles et seize peintures à l’huile, datant pour la plupart de l’époque parisienne. Aucune de ces œuvres ne sera vendue, et l’exposition ne rencontrera pas davantage d’écho dans la presse. Dans ses gravures, Hopper se concentre sur la représentation d’architectures typiquement américaines, qu’il reprendra plus tard dans bon nombre de ses peintures.

En 1921 et 1922, les œuvres de Hopper figurent dans plusieurs expositions, notamment à Washington et à New York. En 1922, il se lie avec John Dos Passos, l’un des principaux représentants de la modernité littéraire américaine, qui emménage avec sa femme Katy dans le même immeuble que Hopper sur Washington Square.

Bien que son œuvre graphique lui ait valu de nombreuses récompenses, Hopper met fin en 1923 à sa carrière de graveur, et ne reviendra à cette technique que pour deux planches réalisées en 1928. Il se considère lui-même comme un peintre et veut être reconnu comme tel.

La même année, Hopper retrouve pendant son séjour estival à Gloucester Josephine Verstille Nivison (1883-1968), qu’il a connue à l’école d’art. Ils font ensemble des excursions, au cours desquelles Hopper réalise, à l’instigation de son amie, ses premières aquarelles de paysages. Vers la fin de l’année, l’une d’elles sera vendue 100 dollars dans une exposition du Brooklyn Museum.

1924-1934 : Reconnaissance croissante en tant que peintre
Josephine et Edward se marient au mois de juillet 1924. Pène du Bois est le témoin du marié. Les Galeries Frank K. M. Rehn lui offrent, à l’âge de 42 ans, sa première exposition personnelle dans une galerie commerciale : seize aquarelles sont vendues à cette occasion. Hopper restera toute sa vie attaché à cette galerie. Le succès grandissant qu’il rencontre en tant qu’artiste lui permet en 1925 de renoncer à son activité d’illustrateur publicitaire. Le Metropolitan Museum of Art acquiert quinze de ses gravures, et il vend pour la première fois une toile (Apartment Houses [1923]) à un musée, le Pennsylvania Academy of the Fine Arts à Philadelphia. D’avril à septembre, les Hopper entreprennent leur premier voyage en train à travers le pays, avec des étapes dans le Colorado et à Santa Fe (Nouveau Mexique), où plus de dix aquarelles voient le jour.Hopper peint également, cette année-là, The Bootleggers (cat., p. 69) et House by the Railroad. Cette dernière toile sera présentée et vendue en 1926 dans une exposition des Galeries Anderson à New York. Le jeune critique d’art Lloyd Goodrich fait dans son article l’éloge de cette vue frappante d’une grande bâtisse de style victorien, qui s’élève derrière une voie ferrée. Goodrich deviendra par la suite l’un des promoteurs les plus engagés de l’art hoppérien. Durant l’été et l’automne, Hopper travaille à Rockland (Maine) et à Gloucester.

En 1927, les Hopper achètent leur première automobile, avec laquelle ils peuvent atteindre, à partir de leur séjour estival de Cape Elizabeth (Maine), des sites plus reculés. C’est ainsi que naissent les tableaux Lighthouse Hill (cat., p. 71) et Captain Upton’s House, qui introduisent dans l’œuvre de Hopper ce qui en deviendra l’un des motifs principaux : le phare. Josephine et Edward visitent également Portland, Ogunquit et Charlestown (New Hampshire). La même année, Hopper peint The City (cat., p. 105), qui sera vendu par l’intermédiaire des Galeries Frank K. M. Rehn.

En 1930, une œuvre de Hopper est présentée pour la première fois dans le pavillon américain de la Biennale de Venise. Les Hopper passent l’été à Truro sur la presqu’île de Cape Cod, dans le Massachusetts. Ils louent, comme ils le feront à nouveau les trois étés suivants, un cottage dans la ferme de A. Burleigh Cobb.

Les années suivantes, la réputation artistique de Hopper se consolide suite aux acquisitions réalisées par plusieurs musées et aux comptes rendus sur son travail parus dans la presse (1931 : Guy Pène du Bois, « The American Paintings of Edward Hopper«, dans Creative Art, ainsi que, du même auteur, la monographie Edward Hopper, publiée par le Whitney Museum of American Art. Juin 1932 : Frank Crowninshield, « A Series of American Artists. No. 3 – Edward Hopper », dans Vanity Fair).

En 1933, les Hopper entreprennent un long voyage qui les mène à Charlestown, dans le New Hampshire, à Québec, à Portland, au phare de Two-Lights à Cape Elizabeth, ainsi qu’à Gloucester, Magnolia et Boston. Ils reviennent en octobre à Truro, pour y acheter un terrain. En novembre se tient au Museum of Modern Art de New York la première rétrospective de l’artiste, alors âgé de 51 ans. Elle réunit vingt-cinq toiles et trente-sept aquarelles, et sera ensuite (en 1934) accueillie à l’Arts Club of Chicago. Le responsable de l’exposition et de la publication associée est Alfred H. Barr Jr, qui rédige aussi l’introduction du catalogue. Le pavillon américain de la XIXème Biennale de Venise présente Early Sunday Morning (1930), Lombard’s House (1931, cat., p. 80), ainsi que deux gravures. Sur le terrain qu’ils ont acquis à Truro, les Hopper construisent une maison-atelier dans laquelle ils emménagent en 1934 et où ils passeront désormais presque chaque été et chaque automne.

1935-1949 : Peintre établi, peintre voyageur
Si les ventes restent certes limitées pendant les années suivantes, le travail de Hopper est représenté dans de nombreuses expositions et obtient plusieurs distinctions (par exemple, Mrs Scott’s House [1932] est exposé en 1935 dans la Pennsylvania Academy of the Fine Arts et obtient la Temple Gold Medal). La mère de l’artiste, Elizabeth Hopper, meurt en 1935. Il peint la même année les tableaux House at Dusk et Shakespeare at Dusk.

En 1937, une exposition personnelle réunissant trente-deux peintures à l’huile, cinquante-trois aquarelles et onze gravures se tient au Carnegie Institute de Pittsburgh. Les Hopper passent l’été à Truro et à Vermont. En 1938, l’aquarelle Jo Painting (1936) est présentée dans la 133rd Annual Exhibition de la Pennsylvania Academy of the Fine Arts. La même année, Hopper peint Compartment C, Car 293 (cat., p. 64). Au mois de mars 1939, l’Art Institute of Chicago organise dans le cadre de la Eighteenth International Exhibition une rétrospective de son travail d’aquarelliste, représenté par vingt-six œuvres.

Hopper milite contre le programme de promotion de l’art « Federal Art Project », organisé par la Works Progress Administration mise en place dans le cadre du New Deal de Franklin D. Roosevelt. Il est convaincu que des mesures de ce genre ne feraient qu’encourager la médiocrité artistique. En 1940, il interrompt même un séjour à Truro et retourne exprès à New York pour s’inscrire sur les listes électorales et pouvoir voter contre Roosevelt. La même année voit naître Gas (cat., p. 91), l’une des toiles les plus célèbres de Hopper, qui sera acquise en 1942 par le Museum of Modern Art. De mai à juillet 1941, les Hopper entreprennent un long périple en auto le long de la côte Ouest, traversant la Californie, l’Oregon, le Nevada, l’Utah, le Wyoming et le Colorado. Pendant le voyage, le couple visite musées et collections privées. En novembre, le photographe Arnold Newman réalise une série de clichés du peintre.

En 1942, Edward Hopper peint Nighthawks, qui deviendra une icône de la peinture américaine moderne. En 1943, le rationnement de l’essence empêche l’artiste et son épouse de rejoindre Truro. Au lieu de quoi, ils font un voyage en train, de juin à septembre, jusqu’à Mexico-City, Saltillo et Monterey. En 1945, Hopper est élu membre du National Institute of Arts and Letters. Les tableaux Rooms for Tourists et Two Puritans (cat., p. 113) voient le jour. En mai 1946, les Hopper entreprennent un deuxième voyage au Mexique. À leur retour, ils apprennent que leur appartement new yorkais a été acheté par l’Université de New York, et qu’on va leur donner congé. Commence alors un long procès, que le couple finira par gagner.

Dans son journal intime de l’année 1947, Josephine Hopper décrit son mari comme démotivé et dépressif. Il lit beaucoup (notamment les poèmes de Robert Frost) et va au cinéma. En février 1948, il doit subir une opération de la prostate. D’autres hospitalisations prolongées suivront en 1949, 1950, 1954, 1958 et 1967. Compartment C, Car 293 est exposé à la XXIVème Biennale de Venise. Le magazine Time consacre à Hopper un article de couverture. En 1949 paraît la monographie de Lloyd Goodrich sur l’artiste, que Berenice Abbott vient par ailleurs photographier dans son atelier.

1950-1967 : Les dernières années
Hopper se voit décerner dans la dernière période de sa vie de nombreuses distinctions : trois titres de docteur honoris causa (en 1950, de l’Art Institute of Chicago ; en 1953, de l’Université Rutgers et, en 1965, du Philadelphia College of Art) et plusieurs médailles, dont la Gold Medal du National Institute of Arts and Letters (1955). Il est élu membre de l’Academy of Arts and Letters (1956), reçoit le prix « Art in America » (1960), ainsi que la médaille Edward MacDowell pour ses éminents services rendus à l’art (1966).

En 1950 se tient une rétrospective Hopper organisée par Lloyd Goodrich au Whitney Museum of American Art. Elle réunit soixante-treize toiles, soixante aquarelles et dix-sept dessins des années 1907- 1949. L’exposition sera ensuite accueillie au Museum of Fine Arts de Boston et au Detroit Institute of Arts. En septembre, les Hopper séjournent dans la ville d’Orleans sur le Cape Cod, où l’artiste peint Portrait of Orleans (cat., p. 89) et Cape Cod Morning (cat., p. 115). Charles Burchfield publie dans Art News l’article « Hopper : Career of Silent Poetry ». En mai 1951, Edward et Josephine font un voyage au Mexique, avec une étape à Chattanooga (Tennessee). Ils passeront au retour par Santa Fe.

En 1952, Hopper constitue avec quarante autres artistes le groupe Reality. Ils entendent protester contre la politique de certains musées qui, comme le Museum of Modern Art, privilégient l’art abstrait. À la XXVIème Biennale de Venise, le pavillon américain expose quinze toiles et cinq aquarelles de Hopper, en compagnie de travaux d’Alexander Calder, Stuart Davis et Yasuo Kuniyoshi. En décembre, les Hopper se rendent à nouveau au Mexique en passant par El Paso (Texas) et séjournent un mois à Mitla, d’où ils se rendent à Puebla et Laredo. Nouveau séjour au Mexique de mars à mai 1955.

Early Sunday Morning est présenté en 1956 au pavillon américain de la XXVIIIème Biennale de Venise. La couverture de la livraison de décembre du magazine Time est consacrée à Hopper, avec le titre « The Silent Witness ». En 1960, Arnold Newman photographie Hopper devant sa maison à Truro. En 1963, le critique Brian O’Doherty et le photographe Hans Namuth séjournent à Truro et suivent Hopper dans son travail. À la suite de cette visite et d’autres entretiens avec l’artiste, l’article de O’Doherty, « Portrait : Edward Hopper », paraît en décembre 1964 dans Art in America. En septembre se tient au Whitney Museum of American Art l’exposition Edward Hopper, où sont montrés soixante-quatorze toiles, soixante- deux aquarelles, vingt-sept gravures et vingt-et-un dessins.

Marion, la sœur de l’artiste, meurt à Nyack en 1965. Au mois de novembre de cette année, Hopper peint Two Comedians, la dernière des trois-cent-soixante-six toiles que compte son œuvre.Après un long séjour à l’hôpital, Edward Hopper meurt dans son atelier en mai 1967, à l’âge de 84 ans. Sa femme Josephine meurt le 6 mars de l’année suivante. Les trois mille œuvres de sa succession ont été léguées au Whitney Museum of American Art de New York.

Edward Hopper Portrait Of Orleans 1928 Fondation Beyeler 2020 ©VB
Wim Wenders exposition Edward Hopper Fondation Beyeler 2020 ©VB
Wim Wenders exposition Edward Hopper Fondation Beyeler 2020 ©VB
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