King Massassy Filature Les Vagamondes Expo I was here I saw here janvier 2020 ©VB
King Massassy Filature Les Vagamondes Expo I was here I saw here janvier 2020 ©VB

La  Filature,  Scène  nationale  –  Mulhouse propose l’exposition photographique   i was here, i saw here jusqu’au 23 février 2020

Artistes : Eva  Diallo,  Omar  Victor  Diop,  François-Xavier  Gbré, Ange-Frédéric Koffi, King Massassy, Mauro Pinto
commissariat Emmanuelle Walter et Ange-Frédéric Koffi

L’âme de l’Afrique mise à nu à la Filature . Terre de couleurs et de migrations  , pays de la débrouille ,  nid d’artistes multitalentueux  , l’exposition i was here, i saw here nous dit  tout sur ce continent à regarder par l’autre trou de la lorgnette , d’un point de vue qui ne serait pas celui exclusif des calamités systematiquement banièrisées  guerres , misère, conditions des femmes sans voix  , le n’importe où ailleurs comme Eldorado…la liste est longue . Il ne s’agit cependant pas d’occulter la face sombre de l’Afrique , celle dont a aussi beaucoup parlé Fatou Diome dans Le ventre de l’Atlantique , mais de se souvenir que l’Afrique du 21ème siècle est aussi dynamique , fertile , inventive , vivante donc . C’est ce que nous (re)découvrons avec les  6 photographes invités dans le cadre du festival les Vagamondes . Ils sont originaires du Mali, du Sénégal, du Mozambique et de Côte d’Ivoire  .  

Visite guidée de l’expo + apéritif offert mercredi 29 janv. 19h15 sur inscription 03 89 36 28 28

Les Vagamondes festival des cultures du sud 8e édition du 14 au 25 janv. 2020 théâtre · danse · musique · cinéma · photographie · rencontres · conférences…

À la croisée des arts et des sciences humaines, ce festival international met à l’honneur les cultures du Sud et propose pour cette 8e édition un focus sur la Catalogne. Et pour relier les deux rives de la Méditerranée, il sera également question de Tel Aviv, ville effervescente située juste en face de Barcelone, mais aussi du continent africain.

FILATURE DE MULHOUSE LES VAGAMONDES

King Massassy Expo I was here I saw here Vagamondes 2020 ©VB
King Massassy Expo I was here I saw here Vagamondes 2020 ©VB

KING MAMASSY rappeur , slameur , acteur, photographe 

www.instagram.com/fototala_king_mamassy

King Mamassy est une figure célèbre , tout le monde le connait car il est celui qui a introduit le Hip-Hop au Mali dans les années 90 . A présent , Fototala se balade avec son humanité et son coeur sous le bras , chargé de son appareil photo en bandoulière . Ses clichés qui mettent en scène ceux qui passent en font une sorte de roi des petits riens qui tissent le quotidien de l’Afrique  . Ainsi , King Massassy a-t-il installé son atelier photo de plein air devant un mur voué à la démolition qu’il a consciencieusement peint dans un jaune à la fois doux et éclatant . Il invite ses modèles à poser devant non sans avoir étalé à leurs pieds un tapis rouge faisant contraste. Défilent un gars posté devant une montagne de téléviseurs ( Monsieur ODD / Obsolescence définitivement déprogrammée ) , un autre à côté d’un portant bricolé à lunettes et- mon préféré- un groupe de jeunes jouant au foot que l’appareil a figé en plein bondissement offrant une vision hyperréaliste réjouissante que l’on croirait tracée au pinceau. Avant de se lancer avec bonheur dans le rap et le hip-hop, King Massassy a connu les boulots de la débrouille . Comme il le raconte , il vient d’une famille de 13 enfants , chacun devant trouver des astuces pour rapporter un peu d’argent à la maison , il a ainsi été cireur de chaussures pendant une pèriode . Ce photographe à textes garde résolument le sourire car il est optimiste : si l’Afrique cesse de regarder le monde à travers ses lunettes de victime inconsolable , elle ne sera plus vue comme un navire à la dérive. King Massassy donne même les clés pour y parvenir : » je souhaite dévoiler les secrets de sa réussite : l’anarchie productive et l’informel organisé ; la solidarité. Je veux faire connaître cet Africain qui use d’ingéniosité jusqu’aux derniers replis de son imagination pour vivre, inventer, créer » .

Pour la série tenir , clichés représentant le poing serré de tous ceux qui ont lutté pour leur émancipation ,  en particulier derrière Nelson Mandela , King Massassy a opté pour le noir et blanc . Même si sa rencontre avec Rosa Park en 1995 fut déterminante , les poings qu’il photographie sont ceux d’aujourd’hui , chargés de lourdes bagues dont les pierres revêtiraient des vertus d’invincibilité , lien avec la culture traditionnelle de l’Afrique . De cette rencontre avec Rosa Parks est né le premier tube de hip-hop malien avec son groupe SOFA.

King Massassy insiste beaucoup sur la question de l’ouverture aux autres cultures en guise d’émancipation . «  Une société qui ne se frotte pas aux autres est appelée à mourir : celui qui part en voyage peut revenir les mains vides mais pas l’esprit vide « , maxime pour nous autres humains reproductible aux quatre coins de la planète

 

La guerre des Femmes Omar Victor Diop La Filature Les Vagamondes janvier 2020 ©VB
La guerre des Femmes Omar Victor Diop La Filature Les Vagamondes janvier 2020 ©VB

OMAR VICTOR DIOP Liberty 2016/2017www.omarviktor.com www.magnin-a.com


Par un jeu de références visuelles mêlant autoportraits et mises en scène, Liberty revisite une histoire qui s’étend sur plusieurs siècles, sur un territoire couvrant souvent plusieurs continents et rassemblant une mémoire collective de la protestation noire. Le ton de Liberty n’est pas celui de la lamentation, mais plutôt celui du recueillement, de la solennité et de la célébration de la quête infernale d’une liberté trop souvent bafouée. Omar Victor Diop présente ce travail comme « une nouvelle tentative de procéder à une narration réinventée de l’histoire du peuple noir, et partant, de l’histoire de l’humanité et celle de la notion de Liberté ».

Diaspora (2014) : l’identité et la découverte, aussi bien au niveau collectif que personnel sont les thèmes principaux du projet Diaspora d’Omar Victor Diop. Voyage dans le temps, cette série photographique révèle et approfondit une histoire rarement racontée sur le rôle des Africains hors de l’Afrique. Omar Victor Diop a commencé la recherche pour ce projet lors d’une résidence de quatre mois en Espagne, à Malaga, où il se trouvait en position d’étranger. Pour ce premier chapitre, il s’est concentré sur l’Europe du 15e au 19e siècle.

Inspiré par la multitude d’œuvres d’art baroque créées à l’époque, Omar Victor Diop envisage cette ère comme marquant le début d’une période d’interactions intenses (et auparavant inexistantes) entre l’Afrique et le reste du monde. En s’inspirant de portraits de notables Africains ayant marqués l’histoire européenne, il oppose et compare son parcours de vie et son héritage aux leurs, tout en retraçant les destins uniques des voyageurs et de ceux qui se trouvent dans un environnement étranger.

Pour la première fois, il se met lui-même en scène dans son art, adoptant ainsi dans la position de narrateur et de personnage à la fois, et s’obligeant à affronter directement ses propres doutes. Il fait référence au monde du sport, celui du football en particulier, afin de montrer la dualité d’une vie de gloire et de reconnaissance qui est aussi une vie passée à être «l’autre ». On retrouve ce paradoxe aussi bien chez les footballeurs d’aujourd’hui que chez les hommes représentés dans ses autoportraits. Ambitionnant d’élargir son propos à l’Asie, les Amériques et le Moyen-Orient, Omar Victor Diop espère que son travail pourra prendre place au sein du débat actuel sur l’immigration et la migration, sur leurs impacts et sur les accusations auxquelles elles doivent faire face. Il espère également pouvoir changer la manière dont sont perçus les récits d’Africains découvrant le monde.

François-Xavier Gbré Cité Espérance 2013 © François-Xavier Gbré Filature de Mulhouse
François-Xavier Gbré Cité Espérance 2013 © François-Xavier Gbré Filature de Mulhouse 2020

FRANCOIS -XAVIER GBRE www.francoisxaviergbre.com 

Les photographies de François-Xavier Gbré révèlent un passage, une trace. L’objet inattendu, le détail qui renvoie à l’histoire est toujours présent, plus que jamais vivant. Les recherches de l’artiste sur les territoires, les mutations urbaines et la résilience de l’architecture comme un récit à multiples facettes, tiennent de l’exploration à la fois esthétique, historique et sociale.  Dans son travail, François-Xavier Gbré nous pousse à nous interroger sur la raison d’être de ce que l’on voit à l’image et à chercher les éléments de réponse dans la fabrique de l’Histoire, du pouvoir et des enjeux politiques. 

Abidjan (2013-2014) : François-Xavier Gbré sur les évolutions d’Abidjan s’intéresse aux transformations des autoroutes. Dans sa discussion sur l’architecture et la photographie, Kate Bush écrit, «l’architecture incarne les tensions entre le durable et le transitoire, le développement et le déclin, le refus et le renouveau». Dans la mesure où le «renouveau» est entendu comme le terme admis pour la gentrification, Gbré suggère que les marqueurs de progrès, visibles sur le territoire et dont se prévaut si volontiers le gouvernement, impliquent des déplacements de populations et des projets «faits à la va-vite ».

Biographie

 Né en 1978 à Lille, François-Xavier Gbré vit et travaille entre le Marais Poitevin (France) et la lagune Ébrié (Côte d’Ivoire). En prise avec le temps et la géographie, son travail convoque le langage de l’architecture comme témoin de mémoire et des changements sociaux. Des vestiges coloniaux aux paysages redéfinis par l’actualité, il explore des territoires et revisite l’Histoire. Ce dialogue constant avec son environnement l’entraine à utiliser différentes échelles et modes d’expositions, que ce soit dans la présentation d’installations minutieuses, liés à une véritable investigation du territoire, que dans l’utilisation de l’architecture elle- même pour faire résonner la photographie dans un rapport physique au spectateur ou à l’espace public. Abidjan fut la capitale économique de l’Afrique de l’Ouest francophone. Après l’indépendance de la Côte d’Ivoire en 1960, Abidjan soigna sa réputation cosmopolite en tant que «Paris de l’Afrique ». Dans cette atmosphère de volonté politique et d’incitation économique, Gbré a traqué les ruines anonymes des habitations et des bâtiments, abattus pour dégager des parties de la ville dans le but de construire de nouveaux logements et des hôtels étincelants et des gratte-ciels modernes caractérisaient la skyline du Plateau, et la bourgeoisie s’installait dans le séduisant quartier de Cocody. Après un déclin prolongé dans les années 1980, des guerres civiles au début des années 2000, et une crise post-électorale de 2010 à 2011, le Abidjan contemporain connaît à nouveau un pic de croissance et de développement. Le territoire est préparé au changement. 

Collections : Centre Pompidou, Paris/The Smithsonian Institution, Washington /Tate Modern, Londres · Philadelphia Museum of Art / Queensland Gallery of Modern Art/ Brisbane (Australie) / Société Générale, Paris /The Walther Collection, Neu-Ulm (Allemagne – New York)

Ange-Frederic Koffi Expo I was here I saw here Vagamondes 2020 ©VB
Ange-Frederic Koffi Co-commissaire Expo I was here I saw here Vagamondes 2020 ©VB

ANGE-FREDERIC KOFFI www.instagram.com/colligit.truncis


Le Grand Voyage – Version Courte nomme tout à la fois la puissance du mouvement, le désir qu’il soulève ainsi que les lieux au travers desquels il nous entraîne. Dans ces images, médiums et expériences se nouent et se confondent dans un motif, celui du transport. Les images s’imbriquent les unes aux autres. Ces fragments forment des découpes dans le mouvement et font entrevoir la fugacité de cette société africaine en bouillonnement perpétuel. Le moyen de transport n’est plus seulement un objet de l’image, il devient une forme figurée et allégorique du dynamisme. Les déplacements se veulent multiples et prennent différentes formes. Les moyens varient et les temps diffèrent.

Biographie

Né à Korhogo, au nord de la Côte d’Ivoire, Ange-Frédéric Koffi est un garçon du 21e siècle à la recherche de lui-même et des autres. Son itinéraire intime le fait voyager très tôt. Étudiant à la Sorbonne Paris 1, à la Haute École des Arts du Rhin (Hear), puis à l’École Cantonale d’Art de Lausanne (Ecal), Ange-Frédéric a participé entre autres aux 11e Rencontres photographique de Bamako.

Par son questionnement, il cherche à «débroussailler une forêt dense et touffue ». Il cherche à comprendre les métaphores qui font, et qui ont fait l’Afrique d’aujourd’hui. Par son questionnement sur le mouvement, le voyage et l’errance, Ange-Frédéric tente à travers son témoignage d’être un vecteur d’art et de beauté, «d’incarner une nouvelle vision du peuple africain et non de la civilisation dite africaine ». Son travail est présenté sous la forme d’un accrochage constellaire présentant des formats et des finitions différents pour chaque image .

Mauro Pinto Filature Les Vagamondes Expo I was here I saw here janvier 2020 ©VB
Mauro Pinto Serie C'est pas facile Expo I was here I saw here janvier 2020 ©VB

MAURO PINTO www.magnin-a.com

La société Bwa est divisée en trois «castes » endogames : les paysans, les forgerons et les griots qui remplissent des tâches spécifiques au sein de la communauté. Le culte de Do constitue le symbole de cohésion sociale des villages Bwa. Do est incarné par le masque de feuilles qui recouvre la totalité du corps du porteur. Le culte de Do constitue le ciment culturel qui fait des villages Bwa un groupe unifié. Do est symbolisé par un rhombe de fer conservé dans une céramique déposée en dehors du village et des champs, en bordure de la brousse. Do est également incarné par le masque de feuilles, appelé Bieni. Aucun musée ni collectionneur ne peuvent l’acquérir, tant il est sacré, ni le conserver à cause de la nature de ses matériaux par essence éphémères.

Biographie

Mauro Pinto vit et travaille à Maputo (Mozambique) où il est né en 1974. Au début des années 1990, Mauro Pinto étudie la photographie au Monitor International School à Johannesburg et pendant cettebpériode il effectue un stage auprès du photographe José Machato. Il déménage ensuite à Maputo où il travaillera aux côtés du pionnier du photojournalisme au Mozambique, Ricardo Rangel, et où il côtoiera le photographe norvégien Trygve Bolstad ou le réunionnais Karl Kugel. En 2002, il participe à l’exposition Vers Matola à l’Espace 1789 Saint- Ouen à Paris et en 2010 il participe à la deuxième édition d’El Ojo Salvaje, au Paraguay, et s’impose comme le premier artiste africain à y exposer. Mauro Pinto interroge la création visuelle, l’information et la communication. Ses œuvres, qui peuvent être perçues comme provocantes, capturent l’essence de l’espace grâce à un jeu habile avec les contrastes. Aujourd’hui, ses travaux font de lui l’un des photographes contemporains le plus reconnu du Mozambique.

Eva Diallo Sand and blue 2019 Saint-Louis du Sénégal ©Eva Diallo
Eva Diallo Sand and blue 2019 Saint-Louis du Sénégal ©Eva Diallo Filature de Mulhouse

EVA DIALLO  bolol (part I et II ) + 3 (projection) www.instagram.com/eva.diallo


Ce nouveau travail sillonne deux continents, il parle d’un voyage que beaucoup entreprennent courageusement. On en entend parler depuis plusieurs années maintenant mais cette fois-ci, la photographe Eva Diallo s’essaie à montrer un aspect plus personnel de ce périple. Pour se rendre du Sénégal au Sud de l’Italie, certains passent par la Mauritanie, le Mali, le Niger et la Libye. Ceux qui ont réussi la traversée vendent du rêve à leurs proches restés au pays. C’est principalement dans les six pays qui relient le Fouta – région du nord du Sénégal – du sud de l’Italie qu’Eva  Diallo est en train de constituer cette série. Elle souhaite se pencher sur le chemin que certains de ses proches ont entrepris pour arriver en Europe. Ce travail se réalisera en plusieurs chapitres. À la manière d’un journal de bord, elle envisage de documenter les lieux dans lesquels elle se trouve .Le point en commun entre le départ et l’arrivée est sa famille, qui l’entoure au quotidien dans sa vie au Sénégal mais qui rêve d’Occident. 

Biographie

Eva Diallo est une jeune photographe suisso-sénégalaise née en 1996. Elle a été diplômée en 2018 des Arts Appliqués de Vevey (formation en photographie). Elle réside actuellement à Saint-Louis au Sénégal  où elle partage son temps entre la production de ses projets personnels et les mandats journalistiques. Son travail est orienté sur les sujets d’actualité et plus particulièrement sur la migration de l’Afrique à l’Europe. C’est via son histoire personnelle que ces thématiques ont commencé à la bouleverser et c’est grâce à la photographie qu’elle a su s’exprimer. Elle constitue actuellement un documentaire photographique à travers les yeux de ses proches, certains restés au Sénégal mais aussi en retraçant le parcours de ceux qui ont traversé la Méditerranée en quête de l’Eldorado.

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