Ernest Pignon-Ernest Commune Paris La semaine Sanglante 1971 Exposition Ecce Ompo Palais des Papes Avignon ©VB
Ernest Pignon-Ernest Commune Paris La semaine Sanglante 1971 Exposition Ecce Omo Palais des Papes Avignon ©VB

Enest Pignon Ernest Ecce Homo jusqu’au 29 février 2020 au Palais des Papes d’Avignon Grande Chapelle

L’exposition, produite par la Ville d’Avignon et Avignon Tourisme, baptisée « Ecce Homo » retrace le parcours de l’artiste et explique sa démarche artistique, intellectuelle, politique depuis plus de 60 ans, par un panel d’œuvres provenant de la galerie Lelong & Co de Paris, de collections privées, du musée de Montauban et des témoignages photographiques de son travail prolifique dans les rues du monde entier. L’artiste investit la Grande Chapelle du Palais des Papes . L’exposition « Ecce Homo », produite par la Ville d’Avignon et Avignon Tourisme, rend hommage à l’artiste installé dans le Vaucluse depuis de nombreuses années. Ernest Pignon Ernest renverra la politesse en imaginant laisser au Palais des Papes une oeuvre  tournant autour des Triomphes , célèbres poèmes d’amour de Petrarque .

Ecce Homo : promenade au fil des Interventions réalisées par l’artiste entre 1966 et 2019.

Près de 400 œuvres – photographies, collages, dessins au fusain pierre et encre noire, documents – sont ainsi exposées évoquant ses interventions de 1966 à nos jours. Certains de ses travaux comme la sombre représentation de Pier Pasolini assassiné il y a 40 ans façon Pieta ou ce portrait de Rimbaud fleurissant les murs de Paris ou d’ailleurs  , nous sont devenues familières tant nous les avons surprises au détour d’une ruelle au gré des choix de l’artiste . Toutefois , le saisissement persiste , la répétition n’y change rien . Mille fois Jean Genet en martyre proche de la crucifixion  , c’est mille fois le choc des images . Il y a certes  le risque que la proximité et la multiplicité des affichages  provoquent finalement l’indifférence involontaire de la chose qui est entrée dans une sorte d’imagerie incrustée dans les paysages urbains . Véritable injustice pour celui qui accorde aux lieux l’essentiel du sens de son travail artistique  . Ernest Pignon Ernest le dit :  » je fais un pré-travail de plasticien en étudiant la lumière par exemple  puis étudie l’histoire humaine- ou inhumaine nda –  du lieu , je me documente énormément pour saisir au mieux  la charge symbolique liée à mon choix et venir librement perturber ce lieu par l’image dessinée.

Les parcours poetico-dramatico-historiques d’Ernest Pignon-Ernest

Ernest Pignon Ernest, artiste stakhanoviste s’il en est , voyage, se nourrit de rencontres, réalise des décors pour le théâtre, élabore des revues, réalise des portraits, des affiches, des collages…des milliers d’œuvres, toujours dans un esprit d’engagement politique et social, de défenseur de grandes causes, en gardien de la mémoire et de l’histoire collective. EPE est un observateur pointu de nos dérives , c’est ainsi qu’il épingle le scandaleux jumelage de sa ville de Nice avec Cape Town haut-lieu de l’Apparteid, les massacres liés à la Commune collés et démultipliés sur les marches du Sacré-Coeur, Pasolini sauvagement assassiné , Jean Genet honni pour ce qu’il fut , le poète Rimbaud immortalisé de Charleville à Paris , ou encore sa Piéta africaine portant dans ses bras un homme mort du sida… Tout cela est voué à disparition , l’oeuvre est éphémère , mais EPE est respectueux des lieux qu’il occupe et n’a pas de problème d’égo  , il n’impose pas son oeuvre à vie mais aimerait qu’elle soit perçue comme une empreinte , comme des traces d’eau sur des galets au soleil .  En revanche  ,  les dessins peuvent être reproduits  , déplacés ou remplacés , simplement lorsque le temps a fait son travail de sape car laisser à voir les masques de la souffrance humaine en d’autres lieux multiples et symboliques est une façon d’exprimer  l’empathie et la compassion qui transpirent de l’oeuvre d’EPE et lutter contre l’amnésie collective.

Pourquoi le dessin plutôt que la peinture ? En 1966 , Ernest Pignon Ernest s’installe dans le Vaucluse à Méthamis. De là, il réalise une œuvre monumentale sur le plateau d’Albion, en réponse à l’implantation de la force militaire et nucléaire. Tout part, pour l’artiste, d’Hiroshima et de l’empreinte d’un corps sur un mur, corps disparu, désintégré, et sa première intervention, dont il ne reste aucune trace, est une empreinte de corps sur les roches et les murs du plateau d’Albion. Il réalise à ce moment qu’il était impossible de représenter cette puissance destructrice enkistée sous les amandiers et les champs de lavande à l’aide des pinceaux , le dessin , les fusains se sont imposés naturellement.

Deux ou trois choses que l’on pourrait ajouter : « ecce homo » , expression latine signifiant « voici l’homme », est attribuée à Ponce Pilate dans la traduction de la Vulgate de l’Évangile selon Saint-Jean lorsqu’il présente Jésus à la foule, battu et couronné d’épines. Mais , malgré qu’ Ernest Pignon-Ernest ait figuré les grandes mystiques que sont Marie-Madeleine, Catherine de Sienne ou encore Marie de l’Incarnation , l’artiste se déclare absolument athée , ce qui n’est nullement contradictoire car les livres sont sa principale source d’inspiration , par exemple 92 ouvrages sur la ville de Naples ! Le pseudo redondant d’Ernest Pignon a été imaginé pour éviter la confusion avec Edouard Pignon, peintre français de l’Ecole de Paris , ami intime de Picasso , lui-même maître et modèle pour Ernest Pignon-Ernest . Enfin , malgré les sujets très difficiles qu’il aborde , une sorte de panorama non exhaustif de la misérable (dés)humanité qui est la nôtre et ses désastreux effets colatéraux , Ernest Pignon-Ernest est le plus souriant des hommes , rien de plus normal en soi car comme  Anthony Perkins  n’est pas Norman Bates , Ernest Pignon-Ernest n’est pas Pier Paolo Pasolini . Quoique … Ernest Pignon-Ernest continue d’agir la nuit pour accomplir ses Interventions , par souci de discrétion dit-il . Ce jeune artiste de 78 printemps continuerait-il d’aimer l’idée de braver les interdits ? Parfois , Ernest Pignon-Ernest balade son appareil photo pour capter le monde passant devant ses collages dessinés ; parfois , ce monde-là rit , discute ou chante comme si de rien n’était devant cette Pieta d’Afrique et son compagnon mort du sida . Quelle belle faculté nous avons de ne plus voir ce qui nous dérange , le bel oubli que voilà !

 ERNEST PIGNON-ERNEST, AVIGNON et la région

Ernest Pignon est né à Nice en 1942 et y a passé son enfance. Il y a fréquenté un club « laboratoire 52 » qui réunissait des poètes, écrivains, peintres et sa maison du Mont Boron devient dès 1964 un lieu de rencontre d’artistes. En 1967, avec sa compagne la comédienne Yvette Ollier, il rencontre André Benedetto avec qui il se noue d’amitié. Il expose alors dans son théâtre, réalise le portrait  de  Julian Beck (Living théâtre), participe à mai 68, collabore à plusieurs créations et réalise en 1969 une grande exposition d’une centaine d’œuvres au théâtre des Carmes.

En 1974, Il investit les rues d’Avignon avec des collages grands formats avec « Immigrés » collés sur le bas des façades de la ville. « Cette image est née d’un dialogue avec un groupe de travailleurs immigrés d’Avignon. Nous avions systématiquement photographié leurs compagnons sur leurs lieux de vie et dans leurs activités. Ce qui sautait aux yeux, c’est qu’ils étaient pratiquement tous cantonnés dans des tranchées ou dans des caves, qu’ils n’étaient littéralement pas  au même niveau. Conjugué au problème aigu des marchands de sommeil, ce constat a dicté cette image au ras du sol, symbolique de leur situation avec la volonté de la rendre visible dans le contrebas où l’on ne regarde jamais. » Extrait du site de Ernest Pignon-Ernest

PALAIS DES PAPE

Ernest Pignon-Ernest Rimbaud Exposition Ecce Ompo Palais des Papes Avignon ©VB
Ernest Pignon-Ernest Rimbaud Exposition Ecce Omo Palais des Papes Avignon ©VB

« …au début il y a un lieu, un lieu de vie sur lequel je souhaite travailler. J’essaie d’en comprendre, d’en saisir à la fois tout ce qui s’y voit : l’espace, la lumière, les couleurs… et, dans le même mouvement ce qui ne se voit pas, ne se voit plus : l’histoire, les souvenirs enfouis, la charge symbolique… Dans ce lieu réel saisi ainsi dans sa complexité, je viens inscrire un élément de fiction, une image (le plus souvent d’un corps à l’échelle 1).
Cette insertion vise à la fois à faire du lieu un espace plastique et à en travailler la mémoire, en révéler, perturber, exacerber la symbolique…» .

Interview avec André Velter.

Palais des Papes Avignon ©VB
Palais des Papes Avignon ©VB
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