Jane E Atwood James Baldwin Filature de Mulhouse mars 2020©VB
Jane E Atwood James Baldwin Filature de Mulhouse mars 2020©VB

Chère Jane , je ne vous dis pas merci car vous êtes l’objet de ma récente insomnie . Je m’explique : vos clichés me hantent , ceux-là mêmes que vous nommez par leurs prénoms tant ils vous sont devenus familiers : par exemple  Blondine( Roselyne) ou Jean-Louis . La première est le coeur de votre premier reportage , une plongée en apnée dans l’univers glauque des prostituées de la rue des Lombards et dans les bars de Pigalle spécialisation SM . Le second , un homme  dont vous avez suivi le fatal  destin jusqu’à son ultime souffle et qui est devenu le premier visage publié d’un malade atteint du Sida.

Mais , il y a bien d’autres personnages à découvrir puisque l’exposition que vous consacre la Filature couvre 35 ans de travail , un voyage au 36ème dessous , celui des laissés pour compte qui ont cessé d’intéresser leurs camarades humains : prostituées , malades , handicapés , détenues… une armée d’oubliés plaqués pour toujours sur papier photo car la plupart sont décédés aujourd’hui précise Jane. Viennent s’ajouter à ces séries majeures une vingtaine de photographies inédites sur différents sujets , dont James Baldwin , écrivain activiste figure incontournable  des droits civiques aux Etats-Unis , devenu son ami.

Souvent , notamment au cinéma , lorsqu’un réalisateur pose son oeil sur un monde interlope comme celui de la prostitution , le traîtement en est purement esthétique  et ça peut donner des films comme Pretty Woman , Moi Christiane F , Paris Texas … Dans tous les cas , il s’agit d’émouvoir le spectateur , nul besoin d’y consacrer un pan de sa vie pour des cinéastes aguerris. C’est ce qui me chiffonne : on montre pendant 1h30 les ouvriers d’une usine en passe de fermeture ,  du moment actif de la révolte à l’abandon programmé et cinégénique du héros . Ensuite , il y a distribution des prix pour l’équipe du film puis le réalisateur retourne chez lui , bien au chaud , tandis que les dits ouvriers qui , parfois ont joué leur propre rôle en qualité de figurants , retournent également chez eux , bien au froid . Impossible de taxer Jane E. Atwood  d’artiste opportuniste car elle reste le plus souvent des mois voire des années auprès de ses  » modèles  » en mode immersion complète , 10 ans pour les femmes incarcérées dans les prisons du monde , 18 mois pour les soldats légionnaires , une année avec les trans et prostituées de Pigalle , des mois avec Jean-Louis… Du temps pour développer suffisamment de compassion et le désir de diffuser la vérité sur la noirceur de ces vies en marge , Vivre et mourir du Sida dans Paris-Match pour Jean-Louis en 1987, Trop de peines pour les femmes emprisonnées privées de leur enfant nouveau-né , privées de sexe ou de la moindre intimité  pour de longues années…

La rue des Lombards a été mon école de photo : j’y ai  appris la patience , car je n’ai pas eu le droit de photographier tout le monde , j’ai du retrouver toutes les prostituées que j’ai photographiées , 8 mois de travail , j’ai une boite pleine de photos que je n’ai pas pu publier- ça a été compliqué ; j’ai appris aussi à travailler en l’absence de lumière , j’ai appris à être discrète , à écouter, à anticiper, à m’imprégner des sujets . Tout cela , je l’ai appliqué tout au long de mon parcours dans toutes les situations.

 

Jane E Atwood Filature de Mulhouse mars 2020©VB
Jane E Atwood Prison Phoenix Arizona 1997 Filature de Mulhouse mars 2020©VB

Jane Evelyn Atwood bio

Jane Evelyn Atwood est née à New York et vit en France depuis 1971. Son œuvre traduit sa fascination pour les exclus de notre société . De façon obsessionnelle, lorsqu’elle aborde un sujet , elle le traîte jusqu’à épuisement pour ne plus avoir à y revenir. 

En 1976, elle achète son premier appareil et commence à photographier les prostituées de la rue des Lombards à Paris. Ce travail qui durera un an, toutes les nuits, deviendra son premier livre. En 1980, elle est récompensée par le premier prix W. Eugene Smith pour réaliser un sujet en profondeur sur les enfants aveugles. En 1983, elle réalise un reportage sur la Légion étrangère et suit des soldats à Beyrouth, au Liban et au Tchad durant 18 mois.

En 1987, elle photographie Jean-Louis qu’elle suit durant les quatre mois qui précèdent son décès. C’est la première personne atteinte du sida en Europe qui ait accepté que son histoire soit publiée dans la presse. En 1989, elle se lance dans un vaste projet sur les femmes incarcérées dans plusieurs pays du monde. Elle parvient à avoir accès aux établissements pénitenciers les plus difficiles, y compris au couloir de la mort aux États-Unis. Ce travail monumental qui reste une référence, dure dix ans et révèle les conditions de détention féminine dans quarante prisons de neuf pays d’Europe, d’Europe de l’Est et des États-Unis. Exposé internationalement, il est publié dans le livre Trop de Peines, Femmes en Prison .Durant quatre ans à partir de l’an 2000, elle documente les victimes des mines antipersonnel au Cambodge, en Angola, au Kosovo, au Mozambique et en Afghanistan. Puis elle passe trois ans à Haïti où elle réalise des photographies de vie quotidienne, une approche en couleur de «street photography», en rupture avec sa pratique habituelle.

Jane Evelyn Atwood est l’auteure de treize livres dont une monographie dans la prestigieuse collection Photo Poche (Actes Sud, 2010). Ses images sont exposées internationalement – sa première rétrospective a été présentée à la Maison Européenne de la Photographie à Paris en 2011 – et figurent dans de nombreuses collections publiques et privées. Elle a été récompensée par les prix les plus prestigieux dont la première bourse de la Fondation W. Eugene Smith (New York, 1980), le Prix SCAM du Portfolio (Paris, 1990), le Prix Oskar Barnack de Leica Caméra (1997), un Prix Alfred Eisenstaedt (1998), le Grand prix photo Planète Albert Kahn (Paris, 2018) ainsi qu’un Lucie Award (New York).

Jane Evelyn Atwood est représentée par la galerie IN CAMERA en France et L. Parker Stephenson aux États-Unis.

 

prix (sélection)

2018

Grand prix photo Planète Albert Kahn (prix qui récompense un

 

photographe reconnu pour ses qualités humanistes et dont le

 

travail aura marqué son époque)

2005

Prix Charles Flint Kellog en Arts et Lettres

2003

Bourse de la fondation Hasselblad

2000

Prix Radio France Info, pour Trop de Peines, Femmes en Prison

1998

Prix Alfred Eisenstaedt pour le magazine de la Photographie

1997

Prix Leica Oskar Barnack

1996

Grand Prix SCAM du Portfolio

 

Prix Marc Flament du ministère de la Défense

1994

Bourse de la Fondation Hasselblad

1990

Prix Paris-Match du photojournalisme

1988

Bourse Fiacre du ministère de la Culture

1983

Bourse Fiacre du ministère de la Culture

1980

Prix Fondation W. Eugene Smith

 

Jane Evelyn Atwood Jean-Louis Filature de Mulhouse mars 2020 ©VB
Jane Evelyn Atwood Jean-Louis Filature de Mulhouse mars 2020 ©VB

Horaires De la galerie pour cette exposition (entrée libre)

du mardi au samedi 14h-18h30

+ dimanche 14h-18h

La Filature

Scène Nationale Mulhouse

20 allée Nathan Katz 68100 Mulhouse

03 89 36 28 28

 

 

Des rendez-vous en entrée libre

Inscription 03 89 36 28 28

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