Musée Tinguely et bistro Jeannot réouverts depuis le 12 mai

Musée Tinguely laverie automatique pour les mains Photo VB
Visite au Musée Tinguely en toute sécurité laverie automatique pour les mains ©VB

Musée Tinguely Amuse-bouche Le gout de l’art Billetterie en ligne

Pour nous faire passer le goût amer du confinement , le Musée Tinguely met les bouchées doubles : retrouver le gout des bonnes choses sans angoisse- ou presque – , c’est possible ! A l’entrée , après avoir passé les panneaux indicateurs de gestes barrière à respecter  , on reçoit un petit sac façon pochette surprise comme quand on était môme . Le mien – je ne sais pas si nous avons tous le même – contient différents objets : une petite fiole de liquide transparent sortie du laboratoire de Claudia Vogel ; il s’agit d’y déceler un arôme sans référer à la couleur , pour moi c’était plutôt facile , ça sentait bon la fraise bien qu’assez synthetiquement . Ami curieux , si tu ne sens rien ,  c’est mauvais signe, vas donc te faire tester , !  Ensuite , quelques fleurs extraites du  délicat mini jardin comestible de Marisa Benjamim .

Vous pourriez aussi tester votre appétence pour la chose fermentée . Un distributeur de Sauerkraut juice créé par le Collectif Slavs and Tatars est mis à disposition ( payant et verrouillé pour le moment ) .  il paraît que le jus de choucroute est chargé de bons nutriments , à consommer à distance du petit déjeuner rapport à l’odeur . D’où nous vient notre goût pour les trucs fermentés / pourris / moisis ? Mystère ! On adore le pénicillium , soigneusement provoqué dans les caves de Roquefort  pour obtenir le fromage du même nom alors que la vue nous en dégoûte . Pourquoi ? Le phénomène de la fermentation est à la fois destruction (décomposition), activation (probiotiques) et transmogrification (un concombre en cornichon) voir pour illustration le mur de cornichons-seins en arrière-plan dont je n’ai pas vraiment compris le sens  premier.. ni second.

Slavs and Tatars, Brine & Punishment Musée Tinguely Photo VB
Slavs and Tatars, Brine & Punishment Musée Tinguely ©VB

«Amuse-bouche. Le Goût de l’art» du 19 février au 17 mai 2020 au Musée Tinguely.

Annja Müller-Alsbach, commissaire de l’exposition

L’art a-t-il un goût sucré, salé, acide, amer ou umami ? Quel rôle joue le sens du goût comme matériau artistique et dans les relations sociales ? 

Les œuvres des artistes suivants*, entre autres, peuvent être découvertes dans l’exposition : Farah Al Qasimi, Janine Antoni, Marisa Benjamim, Joseph Beuys, George Brecht, Marcel Duchamp, Karl Gerstner, Damien Hirst, Sarah Lucas, Filippo Tommaso Marinetti, Alexandra Meyer, Miralda-Selz, Nicolas Momein, Anca Munteanu Rimnic, Otobong Nkanga, Emeka Ogboh, Dennis Oppenheim, Torbjørn Rødland, Dieter Roth, Slaves et Tatars, Cindy Sherman, Shimabuku, Daniel Spoerri, Mladen Stilinovic, Sam Taylor-Johnson, Claudia Vogel, Andy Warhol, Tom Wesselmann, Elizabeth Willing, Erwin Wurm, Rémy Zaugg.

Le musée Tinguely ne rechigne jamais à nous surprendre et souvent ça commence très fort . Ainsi , l’affiche choisie pour illustrer le thème de cette troisième exposition du cycle l’art et les cinq sens , un cliché  extrait du travail de l’artiste Janine Antoni titré Mortar and Pestle , ressemblant à s’y méprendre à l’affiche du Chien Andalou de Bunuel -et Dali-, un peu moins angoissant , certes mais aussi surréaliste , où il est également question d’une relation homme-femme , la seconde expérimentant affectueusement le goût de son compagnon en explorant à la langue ses globes oculaires , drôle d’idée pour une rencontre !  Peut-être préfèrerez-vous comme moi les bustes en chocolat ou la machine à chocolat blanc de Sonja Alhaüser 1999 . Il me vient d’ailleurs des questions : comme la vision d’un mets peut suffire à son appréciation ou son dégoût c’est selon  , le goût de l’oeuvre pourrait-il dispenser de sa vue ? Une question de consommation sans doute , qu’en penseraient les créateurs des Blindekuh – restaurants dans le noir – ? Certaines des œuvres peuvent être d’ailleurs dégustées lors de visites d’expositions spéciales et de performances d’artistes . Un sens chasse-t-il l’autre ? Devient-on poète lorsqu’on souffre d’agueusie comme de Funès dans l‘Aile ou la Cuisse qui débusque le St Julien Chateau Léoville Las Cases de 53  par déductions successives ? L’artiste Daniel Spoerri ,  un des fondateurs du Nouveau Réalisme et inventeur du Dejeuner sous l’Herbe occupe une partie des murs du musée avec sa vaisselle semblant sortir de terre , l’art du goût , bon ou mauvais , est encore de l’art. On aime les pensées de Marisa Benjamim avant même de les goûter car nous aimons les fleurs , c’est ainsi ; on a un peu plus de mal avec la femme dans l’assiette de Meret Oppenheim peut-être parce qu’elle rappelle la vision des grenouilles épinglées et classiquement consommées vivantes  au pays du soleil Levant . Comme nous aimons expérimenter et les savants un peu fous – ou les savantes un peu folles- , on goute volontiers les mélanges rustiques de Claudia Vogel dans ses petites fioles.  

Bon appétit, mesdames Messieurs ! Conjugué à l’impératif du verbe aimer l’art sous toutes ses formes et se souvenir que tous les goûts sont dans la nature. Ne loupez pas le film réjouissant derrière le rideau noir ou comment deux cultures se retrouvent autour d’une bonne bière ! Sinon , ami qui préfère les trucs forts , il y a une possibilité , arrêtes-toi au bidet Duchamp , tu ne seras pas déçu ! Indice 1: qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ! Indice 2 : du cachaça pour Capirinha à consommer avec modération naturellement.

 

Elizabeth Willing, Pick-me-up Musée Tinguely ©VB
Ne plus goûter Elizabeth Willing, Pick-me-up Musée Tinguely ©VB

 

Goûtez , vous allez aimer … ou pas ! Miam ou beurk !

Le Musée Tinguely poursuit le cycle consacré aux cinq sens à travers les arts. Après les expositions thématiques
« Belle Haleine» (2015) et« Prière de toucher» (2016), l’exposition collective« Amuse­ bouche. Le goût de l’art » présente, du 19 février au 17 mai 2020, des œuvres d’art d’environ quarante-cinq artistes internationaux du baroque jusqu’à l’époque contemporaine qui envisagent le sens gustatif comme une possibilité de perception esthétique. L’exposition rompt avec la pratique muséale habituelle qui sollicite avant tout la vue du public et lui propose une série de rencontres en histoire de l’art et en phénoménologie autour du sens du goût. 

Le concept ainsi que le parcours de l’exposition« Amuse-bouche» s’orientent selon les saveurs courantes que nous percevons grâce à nos récepteurs gustatifs : sucré, salé, acide, amer et umami – saveur découverte en 1908 par le scientifique japonais Kikunae Ikeda que l’on peut définir en français comme« savoureux épicé» et« goûteux». L’exposition au Musée Tinguely soulève de nombreuses questions autour de nos expériences gustatives : Comment percevons-nous l’art à partir d’aliments et de leurs saveurs spécifiques? Que se passe-t-il lorsque l’expérience de l’art passe principalement par notre bouche ou notre langue? Des œuvres d’art peuvent-elles  aussi s’adresser au sens du goût de l’observateur en l’absence de contact physique direct? Est-il possible de décrire et de traduire des expériences gustatives en images? Les arômes peuvent-ils servir de médium à l’expression artistique et à la créativité ?

 

 L’exposition met avant tout l’accent sur une sélection d’images, de photographies, de sculptures, de travaux vidéo et d’installations des trente dernières années qui explorent différentes manières d’ingérer et de goûter des aliments grâce à la bouche et à la langue. Parmi les oeuvres présentées,  vous ne pourrez manquer Goosebump de l’artiste australienne Elizabeth Willing  bulles de pain d’épice à déguster délicatement pour préserver ses quenottes ! 

Le concept artistique-performatif Contained Measures of a Kolanut d’Otobong Nkanga  présente un univers d’arômes oubliés ou à redécouvrir. Ils s’accompagnent souvent d’identités et de préférences gustatives marquées très différemment selon la subjectivité et la culture.  Sufferhead Original, est un projet développé par Emeka Ogboh, artiste nigérian vivant à Berlin. Dans la dernière édition conçue pour Bâle à partir de sa marque de bière stout, la Sufferhead, dont le goût ne cesse d’évoluer, il demande, non sans provocation:«  Oui a peur du noir? ». Fantaisiste ne veut pas dire apolitique.

Les oeuvres et les concepts artistiques de l’exposition proposent un éventail d’évocations allant du plaisir au dégoût. De nombreuses expressions langagières réfèrent de manière métaphorique au goût:« être tout miel» ou« tourner au vinaigre».  Dans le langage courant, « goûter » englobe un large spectre de codes de signification. Il existe des liens intéressants entre la perception sensorielle de certaines saveurs et des images linguistiques et métaphoriques valables également lorsqu’on fait l’expérience de l’art. 

Comme dans l’existence, la section« sucrée» de l’exposition nous propose de rencontrer des changements gustatifs à la fois subtils et radicaux, perçus de manière totalement différente selon les individus.  Citons, à titre d’exemple, les travaux minimalistes de Mladen Stilinovié, artiste conceptuel yougoslave, qui utilisa le sucre comme médium artistique pour leur conception. Dans un premier temps, un sentiment de douceur enveloppante submerge spontanément l’observateur. Mais pour l’artiste qui réalisa ces œuvres au début des années 1990 pendant la guerre de Croatie, le monochrome blanc symbolise le vide, la perte et la douleur. 

Le chapitre thématique « amer » réunit des pièces qui – réalisées à partir des objets représentés ou à travers les matériaux périssables utilisés  traitent de processus de dégradation et suscitent le dégoût. Extrême gravité et poison renvoient ici à la mort.

Les artistes des avant-gardes du début du xxe siècle, à l’instar des futuristes italiens et des surréalistes, portent déjà un intérêt à tromper notre sens gustatif. Une salle de l’exposition« Amuse-bouche» est consacrée à Daniel Spoerri, fondateur du Eat Art dans les années 1960. Jusqu’à aujourd’hui, celui-ci traque volontairement ce qui est singulier, renversé et anormal pour jouer avec notre vision habituelle sur les choses et les questionner. Ici, c’est le palais qui affronte l’œil. Dans sa nouvelle expérimentation intitulée Nur Geschmack anstatt Essen – un menu en quatre plats composés de dés en gelée de la même couleur – il s’attache également à déstabiliser nos sens (à découvrir les 27.3. 1 28.3. 1 25.4. 1 25.4. 1 26.4. l 16.5. l 17.5.2020).

Depuis les années 1960 en particulier, de nombreux artistes se sont intéressés au soi corporel et aux possibilités d’un art multisensoriel et gustatif basé sur l’action. Il s’agit de montrer qu’une perception plus sensible de l’environnement et de ses fragiles ressources au moyen du sens du goût est plus actuelle que jamais au xxème siècle.

Elizabeth Willing, Goosebump, 2011 Musée Tinguely Photo VB
Prière de ne plus goûter Elizabeth Willing, Goosebump, 2011 Musée Tinguely ©VB
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