Pierre Soulages en son musée : le noir lui sied si bien !

Musée Soulages Rodez Photo VB

Musée Soulages Rodez © VB

Avant d’entrer au Musée Soulages , prenons quelques instants pour admirer l’architecture du bâtiment toute d’acier Corten revêtue – Bernar Venet serait-il passé par là ? – hommage au grès rose de Rodez  , qui n’est pas sans rappeler la prouesse des architectes stars de Bâle Herzog & de Meuron , je veux parler de la merveilleuse Vitra Haus par laquelle on entre à l’abri d’une plate-forme à la fois protectrice et oppressante ( voir l’image ). En 2008, c’est le cabinet d’architectes Passelac & Roques qui remporte la mise parmi quatre-vingt-dix-huit autres candidats . En 2017, le cabinet RCR reçoit le prix Pritzker, la plus haute distinction dans le domaine de l’architecture. Bref ! Entrons ! Première constatation , Pierre Soulages aime le noir , d’accord , mais il aime surtout l’associer à la couleur . Ainsi déambule-t-on de salle en salle entre des toiles tendues enluminées de bleu , d’orange , de jaune , de rouge et même de violet . Deuxième constatation , lorsqu’aucune couleur autre que le noir ne semble impliquée , Pierre Soulages décide de donner vie et mouvement à son travail en jouant avec les surfaces . Il sait faire , il a du matèriel pour cela , tantôt des spatules ou de grosses brosses , des accessoires d’artisan peintre qui conviennent très bien à son jeu d’artiste , Monsieur Soulages connaît son affaire à bientôt 100 ans , l’expèrience ne lui manque certainement pas !

«  Je suis né à Rodez entre deux plateaux, le Causse avec ses grandes tables calcaires et désertiques et le Ségala. J’ai gommé tous les aspects riants de ce paysage pour garder les déserts minéraux, l’immensité où troupeaux et hommes disparaissent , cailloux parmi les cailloux . » PS

Pierre Soulages Peinture 1936 ou 1937 Musée Soulages Rodez Photo VB

Pierre Soulages Peinture 1936 ou 1937©VB

 

Comment est né ce musée ? En 2005, Pierre Soulages et son épouse Colette font don d’une collection exceptionnelle de 250 œuvres et 250 documents à la communauté d’agglomération du Grand Rodez. Cette donation est alors la plus importante octroyée en France par un artiste vivant. Depuis l’ouverture du musée en mai 2014, les collections sont également enrichies par des dépôts d’œuvres de Pierre Soulages provenant de musées ou de collections. Cette donation constitue le fonds le plus complet sur les 30 premières années de créations de l’artiste.

La donation de Pierre et Colette Soulages rassemble près de 100 peintures sur papier dont les précieux Brous de noix. Commencés au milieu des années 40, les brous de noix mettent en valeur un matériau propre à l’artisan et manifestent dès l’origine la conception très personnelle de l’abstraction chez Soulages. Peu représentées dans les collections publiques, ces œuvres des années 1946-1948 comptent parmi les pièces majeures de l’artiste, au même titre que les Outrenoirs dès 1979. Le musée présente une sélection de peintures sur toile réalisées de 1946 à 1986. Partant d’un recouvrement partiel ou total de la toile par le noir, l’artiste travaille les transparences : il racle la matière, dévoile les fonds avec des bleus, des rouges, des bruns…

 

 

 

Pierre Soulages Photo VB

Pierre Soulages ©VB

L’abbatiale de Conques, mondialement reconnue, est un chef d’oeuvre d’art roman. Conques, c’est un tympan magistralement orchestré, de la sculpture didactique, une voûte colossale, et les vitraux. « Je ne voulais pas faire de vitraux. Et puis on m’a proposé Conques » raconte Pierre Soulages à l’historien médiéviste Jacques Le Goff. C’était en 1986 « C’est un lieu que je connais depuis l’enfance – je suis né à Rodez. C’est à Conques que j’ai éprouvé mes premières émotions artistiques. »Le projet de l’abbatiale s’achèvera en avril 1994 . Le musée présente un film retraçant les affres de l’artiste en recherche de perfection jusqu’au résultat final.

Soulages a un intérêt profond et confirmé, pour la réalisation de « multiples ». L’œuvre imprimé (eaux-fortes, lithographies, sérigraphies) compose un pan entier de sa production.
Pour Pierre Soulages, l’idée d’un musée portant son nom à Rodez où il est né en 1919, est fondamentalement liée à sa nécessaire ouverture aux autres artistes, à la découverte de la création contemporaine. « Ni mausolée, ni pensum monographique, le musée Soulages est un lieu de rencontres et d’expérimentations. Il s’inscrit dans le concert européen des musées « … Benoît Decron Conservateur en chef du patrimoine. Figure majeure de l’abstraction, Pierre Soulages est représenté dans près de 90 musées, comptabilise plus de 1500 œuvres et d’innombrables expositions à travers le monde. En 2009, les expositions rétrospectives à Paris, Berlin et Mexico faisaient salle comble.

 

 

Les matières que j’utilise sont proches de ce qui m’est fraternel : la terre, les pierres, les vieux bois, le goudron...Pierre Soulages

Les Brous de noix sont des peintures sur papier de dimensions modestes. Soulages y peint comme des lignes de force sculpturales, comme des poutres selon l’expression de Michel Ragon. Il utilise alors un matériau d’artisan, le brou de noix. Déjà, la lumière du papier sourd sous l’épaisseur de la matière picturale sombre, ce qui marque le rapport noir/lumière qui guidera son œuvre jusqu’à l’Outrenoir. Soulages use aussi d’autres pigments que le noir , les rouges, les bruns, les jaunes, les bleus… Il travaille avec des pinceaux larges de peintre en bâtiment,  peint à même le sol, cherche les rapports les plus justes entre l’obscur et le clair. Il n’y a pas de titre à proprement parler pour ses œuvres ; déterminées par les techniques, les dimensions et la date d’exécution.

Pierre Soulages : par ici la lumière !

Pierre Soulages Musée Soulages Photo VB

Pierre Soulages Musée Soulages ©VB

Qu’on se le dise : le noir de Soulages est tout sauf noir car il laisse entrer une lumière où s’insinuent de délicates touches de couleurs auxquelles s’accroche notre regard . Un vrai travail d’orfèvre qui aurait plus à faire avec le geste de l’artisan que celui de l’artiste comme pouvait  le laisser supposer  l’influence des rencontres faites lorsqu’il était enfant. Fils d’un artisan, il a très rapidement pris la mesure du travail et de la précision du geste, en fréquentant les ateliers d’artisans de sa rue : le bourrelier, le menuisier, l’imprimeur, l’ébéniste, le maréchal-ferrant. Très jeune, il s’intéresse à son pays. Il parle volontiers des paysages de l’Aveyron, des arbres dénudés des Causses, de sa fascination pour les statues-menhirs du musée Fenaille à Rodez et pour l’abbatiale de Conques . Soulages est admis  à l’école des Beaux-Arts de Paris en 1939, il renonce à y entrer. Il obtient après la guerre, une reconnaissance tant en Europe qu’aux Etats-Unis, comme artiste non figuratif. Pierre Soulages est alors en contact avec les expressionnistes abstraits tels que Rothko, Newman, Pollock… . Dès 1979, sa peinture uniformément noire, l’Outrenoir, marque le basculement décisif Autre date marquante de son parcours et de la genèse du musée : 1994 et  les vitraux hors normes dans l’abbatiale de Conques près de Rodez.Translucides, mais non transparents, ils sont nés d’un verre blanc élaboré par l’artiste, unique au monde capturant la lumière et mettant en valeur l’architecture romane. Du dehors et en dedans, ces vitraux renvoient les couleurs douces, changeantes du jour. Depuis, l’abbatiale attire près de 600 000 visiteurs par an.

Ce qui importe c’est la lumière réfléchie par le noir. Outrenoir désigne un autre pays, un autre champ mental que celui du simple noir. j’ai l’impression de me perdre dans la technique, en fait je me rencontre toujours.PS

 Echanges et collaborations

Ils répondent au souhait de préserver, voire de valoriser la corrélation entre le musée de Rodez et Conques (genèse des vitraux de Soulages), mais aussi entre ce musée de Rodez et d’autres musées, institutions ou sites, en France ou dans le monde (le musée Fabre à Montpellier, les Abattoirs à Toulouse et le centre Pompidou à Paris). La collection sera en mouvement, enrichie d’autres œuvres, notamment en dépôt, comme de tous les supports constituant un fonds documentaire ayant trait à Pierre Soulages et son œuvre, tels films, photographies, enregistrements audiovisuels, ouvrages, catalogues…Pour compléter cet aménagement, la maison natale de Pierre Soulages, construction du début du XIXe siècle au cœur du quartier Combarel, a été acquise par la Communauté d’agglomération du Grand Rode. La Maison Soulages constituera à moyen terme une annexe du musée Soulages en accueillant des artistes en résidence et un atelier d’impression d’estampes ouvert aux professionnels, aux étudiants et amateurs…

 

Les vitraux de l’Abbatiale de Conques : « J’ai choisi dans mes vitraux, des formes qui sont comme un souffle...», explique Pierre Soulages.

Soulages Préparartion des vitraux de Conques Photo VB

Soulages Préparation des vitraux de Conques©VB

MUSEE SOULAGES RODEZ

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