Exposition d’été Pedro Reyes au Musée Tinguely jusqu’au 15 novembre 2020

Pedro Reyes Return to sender musée Tinguely ©VB

Disarm Music Box (2020) série d’oeuvres réalisées pour le Musée Tinguely 

Pedro Reyes réhumanise les armes . Serait-il seul au monde ? En 2018 , la Suisse a exporté pour près d’un demi-milliard de matèriel de guerre , + 14% par rapport à 2017 ( Source Secrétariat d’Etat à l’Economie SECO ) , premier destinataire l’Allemagne ( en lice avec le Danemark ) ,  la France est en position 5 sur ce brillant podium. La Suisse est armée jusqu’aux dents …au cas où, la preuve ?  En 2019 , plus de 2,5 millions et demi d’armes sont entre les mains de particuliers en Suisse alors que la tradition de conserver son arme de service après la pèriode de disponibilité militaire ( 18 à 30 ans 3 semaines par an ) ne serait plus aussi tenace .Par ailleurs , les cours de tir sont autorisés dès l’âge de 15 ans . 

« Pedro Reyes. Return to Sender » représente la 5ème d’une série d’expositions ouvrant un dialogue avec a Mengele-Danse macabre de Jean Tinguely et que le public pourra découvrir du 24 juin jusqu’au 15 novembre 2020 au Musée Tinguely. 

Cette exposition  est la cinquième d’une série  mettant l’accent sur certains aspects de la Mengele-Danse macabre (1986) de Jean Tinguely. En 2017, l’exposition Jérôme Zonder mettait en évidence la critique du totalitarisme, tandis que celle de Gauri Gill en 2018 se penchait sur l’idée de vanité du memento mori entre naissance et mort. En 2019, Lois Weinberger ouvrait un dialogue autour de deux histoires de fermes établissant un lien entre superstition et catholicisme, tandis que la danse macabre et le théâtre de la mort de Tadeusz Kantor rendirent possible un échange inter-oeuvres.

 

Dans ses travaux, Pedro Reyes (né en 1972) fait usage de l’architecture, la sculpture, la vidéo, la performance et de processus participatifs afin de favoriser le pouvoir d’action individuel et collectif dans des contextes politiques, sociaux, écologiques et pédagogiques. Dès ses premières pièces, il travaille déjà à partir d’armes et aborde les problèmes systémiques de l’industrie de l’armement dans une perspective pacifique. Avec ses nouvelles oeuvres réalisées pour le Musée Tinguely Disarm Music Box (2020), il transforme des éléments d’armes à feu en boîtes à musique qui jouent des morceaux originaires de leurs pays de fabrication. Pour l’artiste, il s’agit procéder à un ‹upcycling› : transformer un instrument de mort en instrument de musique incarnant le dialogue et l’échange. 

L’invitation adressée à Reyes de concevoir une nouvelle oeuvre pour le Musée Tinguely fait écho à un autre travail développé à partir de 2012. Pour le groupement d’oeuvres Disarm (2012), il a fait usage de 6700 armes à feu confisquées lors de la guerre des cartels au Mexique et les a transformées en instruments de musique. Dans une première version (Disarm), il a créé des instruments pouvant être joués en live par des ami.e.s musicien.ne.s. Par la suite, il a conçu un ensemble d’armes-instruments en plusieurs parties Disarm (Mechanized) I, 2012-13, jouant des morceaux de musique percussive de manière mécanisée et automatisée. La version Disarm (Mechanized) II, 2014 fait partie de l’expposition et ouvrira le dialogue avec la Mengele-Danse macabre de Jean Tinguely exécutée en 1986. Dans les salles voisines, la critique du totalitarisme de Tinguely rencontre la réflexion critique de Reyes sur les échanges de drogue et d’armes dégradant les sociétés à travers une épouvantable danse macabre.

Reyes retient l’attention sur le plan international pour la première fois avec son projet Palas por Pistolas en 2007, pour lequel il travaille avec les autorités mexicaines de Culiacán afin d’inciter la population à échanger des armes à feu contre des bons pour des articles d’électroménager. Les armes sont fondues pour devenir 1527 pelles qui servent à planter le même nombre d’arbres. Depuis, ces actions ont été menées à la fois au plan local et avec des institutions culturelles à l’international. 

En lien avec l’exposition de Reyes « Return to Sender » au Musée Tinguely, ce projet se poursuit à travers la plantation d’un marronnier devant l’entrée du musée en novembre 2020.

Les deux projets Palas por Pistolas et Disarm résultent de la situation spécifique de la guerre des cartels au Mexique. Le commerce et la diffusion d’armes constituent toutefois un problème mondial auquel se consacre Reyes dans son dernier travail Disarm Music Box (2020). À partir d’une perspective pacifique, il y critique l’accumulation d’armes en constante augmentation dans le monde. Pour ce nouvel ensemble d’oeuvres, il a acquis des armes auprès de fabricants spécifiques – il en existe presque dans chaque pays –, puis les a détruites pour créer des corps sonores à partir de leurs canons qu’il a ensuite utilisés dans des boîtes à musique nouvellement conçues. Celles-ci jouent de célèbres partitions classiques des pays d’origine des fabricants. 

La musique de Mozart sera transmise par une boite à musique avec des éléments de de pistolets Glock, Vivaldi avec des canons Beretta et pour le compositeur suisse Mani Matter Reyes a choisi des carabines. Pour l’artiste, il s’agit procéder à un ‹upcycling› : transformer un instrument de mort en instrument de musique incarnant le dialogue et l’échange. Il entreprend ce processus de transformation avec la conviction que l’acte physique s’accompagne toujours d’un idéal et en appelle à la dimension spirituelle de cette opération quasi-alchimique en faveur du bien.

 

Art et société

Les projets de Reyes mettent en tension une conception de l’architecture socialement marquée, la dimension sensorielle et symbolique de l’oeuvre plastique et une posture résolument politique à orientation radicalement humaniste et marxiste. Lors de la documenta 13 en 2012, il présente ainsi le travail Sanatorium, un pavillon de premiers secours destiné aux maladies civilisationnelles comme le stress ou la peur, qui propose, de manière ludique mais toutefois avec une implication sociale, toutes sortes de thérapies inspirées du chamanisme, de la recherche cognitive et des thérapies de couple. 

Roland Wetzel, directeur du Musée Tinguely, assure le commissariat de l’exposition en collaboration avec l’artiste. Pedro Reyes viendra en cours de l’exposition à Bâle pour un Artist Talk dès qu’un assouplissement des restrictions de voyage actuelles le permettra.

Publication

Conçue dans le style des notices de l’armée suisse, cette brochure accompagne l’exposition au Musée Tinguely. Elle contient une interview avec Pedro Reyes détaillée qui explique la création du nouveau groupement d’oeuvres et le contextualise dans l’oeuvre de l’artiste.

MUSEE TINGUELY

PEDRO REYES

RDV Palas por pistolas, plantation d’un marronier près du Musée Tinguely : novembre 2020

 

Pedro Reyes Disarm Music Box 2020 musée Tinguely Photo VB
Pedro Reyes Disarm Music Box 2020 musée Tinguely ©VB
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