Le Misanthrope Théâtre de Bâle ©VB
Le Misanthrope Lambert Wilson Manon Combes Théâtre de Bâle ©VB

Lambert Wilson jouait Le misanthrope au théâtre de Bâle thème intemporel par excellence

Alceste est méchant-souvent- car il dit ce qu’il pense-souvent – et déteste de fait les flatteurs et autres bien-disants. Est-ce mal ? 

Le misanthrope est une suite de variations sur le thème Toute vérité est-elle bonne à dire ? On s’interroge entre les lignes en compagnie de Molière , grand et fin observateur des travers de notre belle humanité . Des questions viennent : qu’importe la forme du moment que l’on y décèle le fond , n’est-ce pas ? Ou encore , balancer ses 4 vérités à son voisin en alexandrins en adoucit-il les effets ? Le sentiment amoureux fait-il oublier qui l’on est ? Alceste devrait bien nous être sympathique car comment ne pas aimer quelqu’un qui déteste tant l’hypocrisie qu’il est capable de se mettre tout seul la rate au court bouillon pour un éloge qui lui semble injustifié même s’il n’a que faire du bénéficiaire de la flatterie en question . Le gars est franc du collier , direct , cash , sauf que ses colériques invectives adressées à la terre entière en indisposent plus d’un à commencer  par l’ami Philinte / Hervé Briaux  taxé , à juste titre , de complaisant à l’esprit invariablement accommodant  . 

Alceste , l’atrabilaire se révolte bruyamment à coup de Morbleu bien sentis sans discernement et sans voir le risque qu’il encourt car cela lui est bien égal . Ainsi , Oronte / Jean-Pierre Malo, profondément vexé par la dépréciation ouverte du sonnet dont il a donné lecture à notre énervé , se retournera-t-il méchamment  contre lui. Las , la chair est faible et Alceste , le plus droit et le plus loyal des hommes , ne se distingue plus de ceux qu’il méprise lorsqu’apparaît Célimène/ Brigitte Catillon ,  jolie pimbêche superficielle occupée avec ses amis marquis ridicules / Paul Minthe Leo Dussolier à tailler des costards à tous les absents , tout ce qu’il déteste ! L’amour l’aveugle comme n’importe lequel de ses contemporains , il est prêt à renier ses convictions pour gagner le coeur de la belle mais ne peut s’empêcher de s’emporter jusqu’à en devenir risible . Célimène , petite personne frivole et pleine de charme éveillera en lui un sentiment bien vil , une jalousie morbide qui l’emportera sur tout et lui fera abandonner sa prestance. A la fin , le misanthrope éconduit quitte la scène sans gloire . La jalousie , un bien vilain defaut est un thème éternel bien souvent traîté au et repris au cinéma ,  Clouzot et son enfer se seraient-il inspiré de Molière ? 

La morale de l’histoire pourrait être : se révolter contre l’hypocrisie et le mensonge , certes , mais en gardant raison , c’est-à-dire la parcelle d’indulgence et de tolérance indispensables à un fonctionnement acceptable de la vie en société. Au risque de se trahir ?Faut-il se résoudre à composer ou se retirer comme Alceste en concluant à son propre échec?

Ce qu’en dit Peter Stein 

« Misanthropie et jalousie : cette combinaison fait de notre Alceste un clown. Il est touchant, nous comprenons ses sentiments. Les raisons de sa misanthropie peuvent aussi aujourd’hui nous plonger dans le désespoir. L’élégance des vers, le sarcasme et l’ironie des dialogues font de cette pièce la comédie classique pour l’éternité. »

Le Misanthrope Hervé Briaux Brigitte Catillon Théâtre de Bâle ©VB
Le Misanthrope Hervé Briaux Brigitte Catillon Théâtre de Bâle ©VB
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