La Galerie Itinérance soigne les murs de Paris XIII

Shepard Fairey Rise Above Rebel Galerie Itinérance Photo VB

Shepard Fairey Rise Above Rebel Galerie Itinérance©VB

Regarde les murs de la grande ville ! chantait Fugain dans les années 70 , sauf qu’à l’époque , les murs en question laissaient à voir un triste camaïeu de gris propice au vague à l’âme et à se concentrer sur nos pieds en l’absence d’un morceau de ciel bleu à quoi se raccrocher ou de béton acceptable . Il y avait peut-être au moins deux moyens d’humaniser les choses : y insuffler deux trois brins d’herbe , arbres ou fleurs , aujourd’hui les urbanistes architectes s’ emploient avec ardeur à l’imbrication de la nature dans l’habitat urbain. Ou bien , laisser les artistes s’ exprimer en donnant libre cours à leur potentiel créatif. Ou les deux ! Objectif : nous rendre heureux en nous persuadant qu’une ville , c’est beau aussi le jour ( merci à Richard Bohringer que je ne cesse de paraphraser ) . La galerie Itinérance ,spécialisée dans le Streetart avait fait beaucoup parler d’elle au moment de la Tour Paris 13 , à laquelle Medhi ben Cheikh , directeur de la galerie avait associé 108 streetartistes de 18 nationalités différentes pour occuper les murs interieurs et exterieurs de la dite tour , 4500 m2 tout de même, avant sa démolition , faisant de l’évènement un acte hautement militant en faveur du Street et de l’art en général . C’était en 2013 , depuis le streetart a abandonné son étiquette d’art éphémère , en tout cas lorsqu’il est envisagé par la galerie Itinérance. Le succès – 30 000 visiteurs !- a été tel que de nombreuses propositions  contre monnaie trébuchante ont été faites pour reïterer l’évènement , ce que Mehdi Ben Cheikh a toujours refusé ; à la place , le galériste est parti direction sa Tunisie natale pour y organiser un festival Streetart reunissant 150 artistes  de 30 nationalités pour  realiser à Djerbahood 250 fresques .

Aujourd’hui , les street-artistes  se sont approprié les façades des plus hautes tours de Paris : balade dans le 13 ème

Le  quartier  chinois de Paris que tout le monde connaît même les non-parisiens depuis le film Tanguy , a rectifié son look à coup de pinceaux et autres bombes . Au cours de notre déambulation sur le Bd Vincent Auriol , Marie Barnoin représentant  la Galerie Itinérance en explique la raison d’être : disposer d’un panorama de la création artistique émergente  non institutionnalisée , en utilisant une forme d’expression qui s’adresse à tous les publics directement dans la rue et en supprimant  les contraintes liées aux intermédiaires lors d’ expositions classiques. Le Street Art épouse parfaitement la création contemporaine, un des leit motiv du directeur et fondateur de la galerie , Mehdi  Ben Cheikh que j’avais rencontré à St.art lors de l‘exposition d’art contemporain de Strasbourg . Comment Mehdi Ben Cheikh repère ses streetartistes ? Pas de casting sauvage . De nos jours , les curateurs s’appellent Instagram ou Facebook pour ne citer qu’eux , ce qui ne dispense tout de même pas le directeur de la galerie de voyager à la recherche de nouveaux poulains. tant mieux , le numérique ne remplacera tout de même pas l’homme . Comme on est jamais mieux servi que par soi-même, Mehdi  Ben Cheikh à créér sa propre foire d’art urbain , District 13 Art Fair qui a lieu  pour sa seconde édition à Drouot en septembre , prenez date 26 au 29 Septembre 2019 ! La galerie Itinérance développe également des partenariats avec des musées ( certains comme Carnavalet sont en demande ) . Ainsi, La Galerie Itinerrance en partenariat avec la compagnie Zaman Production a créé en Novembre un spectacle exceptionnel à l’occasion du premier anniversaire du Louvre D’Abu Dhabi réalisé par Jean Nouvel. Le jeune artiste tunisien Koom , calligraphe urbain , y a produit une scénographie inédite pour les trois représentations .

Marie Barnoin précise : «  C’est la galerie Itinérance qui a initié le parcours que nous effectuons , il y a une quinzaine d’années déjà avec comme idée directrice l’accompagnement d’un mouvement artistique illustré par le choix d’artistes faisant l’objet d’une sélection extrêmement sévère de notre part . L’objectif de Mehdi Ben Cheikh est de constituer à terme un musée du Street Art  à Paris pour donner une meilleure visibilité aux acteurs majeurs du streetart  du monde entier que nous sollicitons en leur offrant un espace dédié .  » Aujourd’hui , la galerie Itinérance  finalise le projet , Boulevard Paris XIII , en gestation depuis 10 ans et qui sera enfin inauguré le 13 Juin 2019 ,- les autorisations pour placer des oeuvres perennes ont fini par être acquises – qui devrait impliquer des artistes très réputés  comme  Os Gemeos ou Shepard Fairey , l’auteur de la Mariane qui trône dans le bureau du Président Macron , sacrée promotion , n’est-ce-pas ? . Précisons que le Streetart est multiple car il fait appel à un ensemble de techniques passant par le pochoirisme , la caligraphie , les stickers , le graffiti , le bombage, la mosaïque… mais la vérité , c’est que cette forme d’art n’a aucune limite , toutes les techniques sont possibles . Nous l’aurons compris , l’objectif final pour Mehdi Ben Cheikh est de ramener Paris au centre de la scène du Street Art en utilisant les grands moyens , pas seulement la réalisation de fresques monumentales mais aussi l’organisation d’évènements comme la première foire dédiée au Streetart  à l’automne à Drouot où les galeries de New-York ou Los-Angeles seront les bienvenues .

Voyage avec les stars du Street Art : vous êtes dans le 13ème arrondissement de Paris

Première halte devant l’oeuvre caligraphiée de l’artiste  américain Criptik d’origine coréenne ; la fresque qui contourne la totalité du bâtiment décrit un poème de William Burroughs en caligraphie latine retravaillée , là le paysage urbain est entièrement capté. N’essayez pas , le contenu est illisible pour le commun des mortels dont je suis! L’artiste portugais Add Fuel / Diogo  a choisi de mosaïquer les murs façon Azulejos , une explosion poétique de bleu tendre . Add Fuel présentera  bientôt à la galerie  une installation reproduisant son travail à la Tour 13 , Deuxième désintégration,  une façon de montrer son évolution depuis 2013 car , comme nombre de ses coreligionnaires artistes ayant participé à ce projet , l’évènement a été déclencheur de sa carrière. Une fresque représentant un flamand rose chevauché par un personnage rappelant un peu Don Quichotte emplit un mur entier ; Marie raconte le chemin de Maye , Victorien Liria , venu de Montpellier , d’abord graffiteur puis lettreur , passé ensuite du mur à la toile , et totalement autodidacte , Maye fait partie des gens du voyage et avait amené pour son expo chez itinérance une caravane , du sable , tout son univers , proposition faite aux artistes invités .L’écossais   Conor Harrigton propose un salut après combat de boxe en mode géant;  le chilien Inti propose sa délicate Madonne en vis-à-vis tandis que le londonien  DFace / Dean Stockton  continue de se passionner pour Roy Lichtenstein .

Merci à Marie Barnoin et à Mehdi ben Cheikh de m’avoir permis d’entreprendre ce voyage pictural urbain , les yeux au ciel ou presque .

RV 13 juin 2019 pour Boulevard Paris 13

Un parcours du Street Art Paris 13ème

Galerie Itinerance