Le Rocky Horror Picture Show de Florentina Holzinger : trash et gore , ça remue !

Au début , tout est normal ou presque : sur la scène du Schauspielhaus , une poignée de danseuses et leur maîtresse de ballet , Beatrice-Trixie-Cordua – la première à avoir dansé Le sacre du Printemps nue- évoluent classiquement hormis l’effeuillage progressif des artistes , l’argument sans doute étant de mieux contrôler le corps et l’esprit. La vénérable ballerine Beatrix connait son affaire car elle frise aujourd’hui les 80 ans et opère son art depuis environ 60 ans . Respect ! Dans un second tableau , façon Big-Bang défragmenté , sortie de confort sur le thème La femme est un homme comme les autres : elle peut se battre , hurler , s’auto-infliger des tortures sans moufter et même se soulager en public en toute quiétude . Holzinger n’aime pas qu’on range les femmes dans leur tiroir beauté éthérée romantique , on est pas en porcelaine ! Et elle sait se faire comprendre , on navigue entre Stephen King  pour la montée de l’angoisse et Tarantino pour l’outrance du spectacle , la méthode est assez brutale mais , il faut bien l’avouer , extrêmement efficace.

Même si l’impression générale donne une allure plutôt désordonnée , ou au moins spontanée au spectacle , la necessité de garantir la sécurité aux artistes lors des exercices de voltige  , ne laisse aucune place à l’improvisation dans cette pièce survoltée de la chorégraphe viennoise . Florentina Holzinger nous donne sa version trash de la romantique Sylphide de  Filippo Taglioni crée à l’Opéra de Paris en 1830  en respectant les détails comme le décor de forêt vierge en arrière-plan. Elle met en scène neuf guerrières dans une performance rituelle et acrobatique vertigineuse filmée en direct.  On tremble pour ces amazones contemporaines en équilibre précaire sur des mototrails  suspendues , on  suit l’ascension de ces filles-fakirs par mousquetons arrimés à leurs chignons , on reste bouche ouverte devant les performances acrobatiques , voire contorsionnistes des danseuses nues , on prie aussi très fort pour que l’éosine, accessoire phare du spectacle  ne vienne pas se répandre dans nos narines ou sur nos T-shirts . Le tableau global , à l’image d’une oeuvre d’art brut , emplit la scène toute entière, il faut regarder partout car il s’y passe à coup sur quelque chose qu’on ne devrait manquer sous aucun prétexte .  Dans chaque recoin , on s’occupe à se faire – pas – belle autour des danseuses sèrieuses comme des papesses , la prouesse de la prestation obligeant à une concentration de chaque instant . 

L’apprentissage de la danse est une torture parce qu’elle est liée à l’obligation de résultat : une perfection esthétique assortie de la prouesse artistique imposée depuis des siècles aux danseuses . Avec Tanz  , Florentina Holzinger détricotte ce concept poussiéreux : les artistes appliquent consciencieusement les dictats de sa mise en scène dans un chari-vari jubilatoire , explosif  et burlesque impliquant une sorcière , des fantômes , un loup  , tout un monde grotesque qui se déchire , se dévore , en perd deux trois bras , accouche d’un rat, s’auto-mutile avec une application digne de  Orlan ou Cindy Sherman , la vie quoi ! A la fin , c’est l’hallali , on a bien ri . Bon , à la fin surtout , soyons honnêtes . 

THEATERFESTIVAL BASEL 2020

FLORENTINA HOLZINGER, née en 1986 en Autriche, a étudié la chorégraphie au SNDO d’Amsterdam. Après avoir obtenu son diplôme en mai 2011, Florentina Holzinger a présenté le solo Silk et reçu le Prix Jardin d’Europe à Impulstanz. Des travaux communs avec Vincent Riebeek tels que Kein Applaus für Scheiße (2011), Spirit (2012) et Wellness (2013) ont attiré l’attention internationale. Leurs œuvres sont présentées dans de nombreux festivals et dans des maisons de production en Allemagne et à l’étranger. Dans le cadre du festival The Future is F*E*M*A*L*E* Florentina Holzinger a présenté Performance Recovery (2017), une collaboration avec Frascati Producties. La même année, elle a également montré sa pièce Apollon pour la première fois au Sophiensælen. Son dernier travail, DANCE, a été invité au 57e Theatertreffen en 2020 et peut être vu au Sophiensælen à partir de mars.

floholzinger.wordpress.com

 

Theaterfestival Basel 2020 ©VB
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Évènements pour la semaine du 14 septembre 2020

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lun 14

Imfluss Festival musique sur le Rhin à Bâle 2020

14 septembre / 20 h 30 min - 22 h 30 min
mar 15

Imfluss Festival musique sur le Rhin à Bâle 2020

15 septembre / 20 h 30 min - 22 h 30 min
mer 16

FFFH Festival du Film Français d’Helvetie 2020

16 septembre - 20 septembre

Imfluss Festival musique sur le Rhin à Bâle 2020

16 septembre / 20 h 30 min - 22 h 30 min
sam 19

FFFH Festival du Film Français d’Helvetie 2020

16 septembre - 20 septembre

Look and Roll Festival du court-métrage Kaserne Basel

17 septembre - 20 septembre

Kunsttage Basel / Journées de l’Art Bâle

17 septembre / 10 h 00 min - 20 septembre / 18 h 00 min
dim 20

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16 septembre - 20 septembre

Look and Roll Festival du court-métrage Kaserne Basel

17 septembre - 20 septembre

Kunsttage Basel / Journées de l’Art Bâle

17 septembre / 10 h 00 min - 20 septembre / 18 h 00 min